Les différents visages de l'immigration à Nantes
Nantes a toujours accueilli des populations immigrées depuis cinq siècles. Malgré un faible taux d'étrangers, la ville se distingue par la diversité de son immigration. : Cl. D. Guyvarc'h, tirée de Nantais venus d'ailleurs
L'opération « Nantais, qui sommes-nous ? », organisée, samedi, par le château des Ducs, interroge cette fois sur la place des étrangers à Nantes. Interviendront Alain Croix, historien, Philippe Rigollier, responsable de la mission politique d'intégration à la Ville et Marie-Hélène Jouzeau.
Nantes cultive un paradoxe. Elle n'est pas située sur un couloir géographique de migrations, comme peuvent l'être les villes de l'est de la France ou de la Méditerranée. Et pourtant, elle est résolument tournée vers l'ailleurs. Son port, d'abord, lui offre un accès maritime. Son fleuve, la Loire, la relie au continent. De fait, depuis cinq siècles, la cité des Ducs a la particularité d'avoir toujours accueilli des étrangers. Sans n'avoir jamais eu de courants migratoires exclusifs. Aucune communauté n'est dominante à Nantes : la diversité fait la richesse de son immigration.
Une ville d'accueil
Selon une étude réalisée à l'occasion de la publication de l'ouvrage collectif, Nantais venus d'ailleurs, l'opinion des Nantais vis-à-vis des étrangers est plus favorable que l'opinion française générale. « Outre le fait que Nantes ait toujours été une ville d'accueil, cette particularité nantaise est liée à une série de phénomènes culturels », estime Alain Croix, le coordinateur de l'ouvrage. La vie associative très riche, les choix des grandes institutions comme l'église ou le poids de certains courants politiques comme le Parti communiste dans l'entre-deux guerres, a favorisé un regard positif sur les étrangers. Cette tradition d'ouverture explique, selon l'historien, les difficultés des courants politiques xénophobes à s'implanter dans la région nantaise.
Hostilités
Nantes a pourtant connu des périodes sombres. « À la fin du XIXe, l'hostilité des milieux catholiques envers les Juifs se manifeste par des campagnes d'opinion virulente », rapporte Alain Croix. Le 18 janvier 1898, en pleine affaire Dreyfus, quinze mille personnes défilent dans les rues aux cris de : « A bas les Juifs ! ». Des vitrines de magasins censés appartenir à des Juifs sont brisées. Dans l'entre-deux guerres, la presse nantaise s'est déchaînée contre les noirs, qu'ils n'hésitaient pas à comparer à des singes. Comme le note l'historien, « aucun courant d'opinion n'est totalement imperméable à une ambiance idéologique ».
David Prochasson
De 15 h 30 à 18 h, bâtiment du Harnachement au Château. Entrée libre.
Presse-Océan