Édition du mardi 15 avril 2008
Les frères Moreau ont encore soif de victoire
Romain et Maximilien, barman et magasinier, préparent sans pression leur demi.
La Coupe de France a du bon. Les primes de matches qui s'accumulent dans la besace de Maximilien Moreau vont permettre au stoppeur de l'USJA Carquefou de changer la boîte de vitesse de sa voiture. « Elle m'est restée dans les mains la veille de Marseille. »
Au stade du Moulin-Boisseau, on les appelle les Moreau. Maximilien, l'aîné, 26 ans à la fin du mois, 1,86 m sous la toise, titulaire indiscutable depuis l'arrivée de Denis Renaud à la tête de l'équipe en 2001. « La première fois que je l'ai vu, c'était lors du fameux match contre Lamballe, juste avant que je prenne en mains l'équipe. C'est sans doute le joueur qui m'a le plus sauté aux yeux, se souvient le coach de l'USJA. Max, c'est une crème pour un entraîneur, un vrai compétiteur. Il a franchi un cap. Techniquement, il est tellement doué qu'il pourrait évoluer bien plus haut sur un terrain. Il lui manque la communication. » Ses coéquipiers l'ont surnommé Bernardo ! « C'est vrai que sur un terrain on ne m'entend pas. »
« L'Ariane, un passage obligé »
Le petit frangin, Romain, 23 ans, a lui aussi été formé à l'école du FC Nantes. Lui aussi rêvait d'une carrière professionnelle avant d'atterrir à Carquefou. « Il souffre de la concurrence de Zebidi et de Sehla, reprend Denis Renaud. C'est un joueur de qualité mais il doit prendre de la puissance et avoir davantage de caractère quand il évolue en CFA2 ».
Romain est également passé par le café familial avant de décrocher, voilà peu, un boulot de magasinier. « Deux serveurs en moins les jours de matches, pour les parents, c'était beaucoup. » Pas mécontent de changer d'univers le remplaçant. « C'est devenu un peu Hollywood à l'Ariane ! » Dans la galerie du centre commercial d'Orvault, le bistrot des Moreau est un passage obligé. « Cela fait bizarre de voir les gens s'arrêter exprès pour te féliciter, une fois leurs courses terminées. Je ne savais pas que nous avions touché autant de monde. Entendre dire qu'ils ont pleuré en écoutant la radio, c'est extraordinaire ! »
En position debout de 8 h 30 à 17 h, cinq jours sur sept, Maximilien Moreau, Nantais pur jus, conserve le réflexe du commerçant. « On ne me parle pas de Carquefou, mais de la Coupe ! C'est dommage que les gens en oublient le championnat. Je rentre dans leur jeu, je rigole avec eux. »
Hier après-midi, les frères Moreau ont rejoint leurs coéquipiers pour la traditionnelle mise au vert. « On partage beaucoup de moments, mais pas la même chambre », précise Romain. « Sur leurs visages, j'ai vu que rien n'avait changé, nous sommes un groupe sain »,se rassure Maximilien, fan de Lilian Thuram. Nous ne sommes pas favoris. Maintenant, personne ne pourra nous enlever tout ce que nous avons réalisé jusqu'ici (succès contre Nancy et Marseille), même si on perd 4-0 face à Paris. » « On a besoin de se reposer. On a un peu moins la pêche en ce moment »,rajoute le benjamin.
Après le Nancéien Fortuné et Djibril Cissé, Maximilien se verrait bien croiser la route de « Monsieur Pauleta ». Eux ne se souviennent déjà plus de ce grand chauve. « En revanche, ils m'ont beaucoup appris. Ce côté malin, toujours limite hors-jeu, à chercher à se positionner entre moi et Pierre (Mauget). » La leçon a été retenue. Maximilien et ses copains restent sur cinq matches sans le moindre but encaissé.
Christophe DELACROIX.
Ouest-France