Les mains d'un kiné de 60 ans dérapent
Venue le consulter pour un mal de dos, elle avait senti les mains du praticien se poser sur ses seins et son sexe. Gêne et regrets du prévenu, à la barre.
« C'est vrai que je suis allé au niveau du pubis et que j'ai frôlé le bord inférieur des seins. » Ceux de la patiente de ce kinésithérapeute de 61 ans, tellement embêté, hier, à la barre du tribunal correctionnel.
13 septembre 2007, dans le cabinet du praticien, à Rezé. Une quinquagénaire vient le voir pour soulager son mal de dos. Entendue par la suite, elle avait déclaré : « Il m'a demandé si je voulais un massage complet. » Étant loin d'imaginer ce qui allait se produire, elle a répondu positivement.
Déclaration du prévenu : « Je suis allé au-delà de mon travail, au-delà du massage lombaire. C'était la première fois. Je pense que j'ai dérapé... »
Autres paroles tenues par la plaignante, rapportées par le juge : « Je suis sous antidépresseurs. Il a abusé de ma faiblesse », de sa maladie : un cancer.
Le magistrat cherche naturellement à comprendre pourquoi le prévenu s'est mis dans de beaux draps. Face à ses soupirs d'embarras, le président du tribunal vole à son secours pour ainsi dire : « Vous avez eu un moment d'égarement ? » Réponse : « Peut-être. » « Un moment de faiblesse », glisse-t-il, un tout petit peu plus tard, au tribunal.
« Marié depuis 24 ans », relève le président, ce kiné est le père de trois grands enfants. Zéro condamnation sur son casier judiciaire. « Il n'était pas à une période critique de son existence, a noté le médecin qui l'a expertisé. Pas de conduite addictive. »
Le sexagénaire s'est « excusé auprès de la victime. Je lui ai envoyé un petit mot. Je regrette très sincèrement mon geste. »
Le procureur évoque « la vie tout à fait honorable d'un homme banal ». Selon le représentant du ministère public, « ce qui est inquiétant dans ce dossier, c'est qu'il est incapable d'expliquer son comportement ». Il requiert six mois de prison avec sursis et 1 500 € d'amende.
« Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? lance le défenseur, Me Pollono. Attendre 60 ans pour faire un dérapage, c'est extrêmement étonnant. » Un tel délit, c'est la première et la dernière fois, rassure la défense. « Il lui reste quatre ans à faire. » Quatre ans de kinésithérapie.
Une période durant laquelle il devra, plus que tout autre, montrer « mains blanches ». Trois mois de prison avec sursis planent dorénavant sur sa tête. 2 000 € sont accordés à l'ex-patiente.
Ouest-France