Les militaires ne veulent pas « être pris pour des jambons »
« On se sent seul face aux autres administrations », commente l'officier.
Accident de Carcassonne, démission du chef d'état-major de l'armée de Terre, dissolutions programmées d'unités... les militaires s'interrogent sur leur avenir.
Sous couvert d'anonymat, un officier nantais évoque le malaise qui secoue actuellement les rangs de l'armée de terre.
Carcassonne
« On nous impose de maintenir le lien armée/nation. Ce genre de prestation (ndlr, démonstration d'une libération d'otages) est très apprécié du public. C'est la fête du régiment qui permet de faire naître des vocations et de montrer aux contribuables comment on utilise leur argent. Ce qui s'est passé dimanche est dû à une erreur humaine du sergent qui a tiré ».
Responsabilité
« C'est le détenteur de l'arme qui est responsable. Avec la professionnalisation de l'armée, un nouveau cadre législatif a été mis en place pour responsabiliser le militaire, notamment en ce qui concerne l'armement. Comme c'est le cas pour les policiers.
L'erreur étant humaine, la hiérarchie ne peut donc être tenue pour responsable, contrairement à ce qui se passait avec la conscription où l'armée était responsable de tout vis-à-vis des appelés que la nation lui confiait ».
Démission du général Cuche
« C'est désolant. Quand un professeur gifle un élève, le ministre de l'Éducation nationale ne saute pas.
Au vu de l'expérience du général Cuche, c'est cher payé pour une erreur d'un sergent avec huit ans de service. C'est courageux de sa part, mais c'est mal venu. Si c'est pour dénoncer le plan de restructuration militaire, c'est une forme de terrorisme intellectuel. Le plan est dans les tuyaux depuis plus d'un an et demi ».
Réforme
« Cette réforme est justifiée. En 2000, après la suspension du service national, il fallait construire tout de suite la mutualisation. Mais la suspension du service a été un frein et aujourd'hui il coûterait trop cher de le remettre en place. D'où la nécessité de réformer. Mais cette réforme se fait brutalement et souffre d'un déficit de communication. Les grandes lignes du Livre blanc de la défense ont été dévoilées le 17 juin et aujourd'hui, nous n'avons toujours aucun élément. On a l'impression d'être pris pour des jambons ».
Condition militaire
« On se sent seul face aux autres administrations. Tous les services de l'État dégraissent. Mais là, 54 000 postes en moins c'est énorme. En fait, tout concourt à la dégradation de la condition militaire. On a les moyens de comparer avec le privé et on voit que tous les avantages liés aux risques de notre métier et à la spécificité militaire sont dilués. On s'est fait rattraper. Nous attendons une réévaluation indiciaire et nous souffrons d'un manque de logements, car contrairement aux gendarmes nous n'avons pas de logements de fonctions... Heureusement, la bonne volonté et la relation humaine devraient permettre d'éviter la crise. Le commandement ne s'improvise pas. Il faut avoir beaucoup de respect pour les gens qu'on commande ».
Propos recueillis par Dominique Bloyet
Presse-Océan