Édition du mardi 11 mars 2008
Les quartiers populaires ont plébiscité Ayrault
La victoire de Jean-Marc Ayrault (55,7 %) est très nette dans les quartiers populaires. La droite s'effondre et Benoît Blineau ne réussit pas à percer.
À Malakoff, Jean-Marc Ayrault atteint 83 % au bureau de vote de l'école Jean-Moulin, en plein coeur du Grand projet de ville. Signe que les habitants approuvent le réaménagement de la cité. Dans tous les quartiers populaires, le député-maire obtient des scores compris entre 65 % et 80 %. Il conforte son assise dans les quartiers, en faisant mieux qu'en 2001 (de 2 à 3 %). Près de 70 % à Bellevue, 66 % aux Dervallières... Un plébiscite qui s'explique par une présence importante dans les quartiers (services publics, équipements), par un programme de réhabilitation des logements, le lien jamais coupé avec les quartiers via le tramway. « Le vote Ayrault est aussi ressenti comme une volonté d'être protégé par la menace qui pèse sur les salaires, la sécurité sociale... », précise un observateur.
Mais c'est aussi dans les quartiers que l'abstention est la plus forte : les taux de participation oscillent entre 42 % et 48 %. « La multiplicité des listes à gauche entraîne ce phénomène de rejet et d'abstention », relève Arnaud Leclerc, maître de conférence en sciences politiques à Nantes. Ces quatre listes - Culture (S), A gauche toute !, Nantes démocratie et Lutte Ouvrière - n'ont pas réussi à capter l'électorat populaire. Le candidat de la LCR, Thierry Fourage (est-ce l'effet Besancenot ?) obtient davantage de voix qu'Hélène Defrance, candidate LO sortante.
La droite affaiblie
Jean-Marc Ayrault obtient de bons scores dans les quartiers intermédiaires (Beaujoire, Champ de Mars, Doulon, Rond-point de Paris...), mais aussi, et c'est nouveau, il progresse dans des secteurs traditionnellement ancrés à droite (Monselet, Hauts-Pavés, Saint-Félix). Entre 2001 et 2008, Jean-Marc Ayrault a gagné 800 voix dans le quatrième canton. L'évolution sociologique de la ville explique cette tendance. Mais pas seulement : le député-maire a su rassembler très largement un électorat qui va de l'extrême gauche au centre-droit, voire même chez les partisans de Sarkozy. Entre 2001 et 2008, il a gagné 9 000 voix (46 212 voix en 2001 et 53 233 en 2008). Conséquence : Benoît Blineau, qui visait la barre des 10 %, n'obtient que 6,47 % des voix. Le candidat du Modem n'a pas réussi à mordre sur l'électorat d'Ayrault. Une tendance observée dans d'autres métropoles : à Toulouse, où le Modem ne fait que 6 % ou à Paris (8,9 %).
À droite, Sophie Jozan (UMP) ne sauve la mise que dans les « beaux » quartiers, à l'ouest de Nantes (57 % à l'école Harouys et 58,6 % à Boccage). Cependant, elle n'est pas majoritaire dans le centre-ville. Avec un score total de 29,9 %, la droite sort affaiblie de ce scrutin. « À chaque élection depuis 1989, son électorat s'amenuise, constate Arnaud Leclerc. Toutes les stratégies de la droite ont échoué. Il faudra sans doute faire venir un poids-lourd. » Daniel Augereau (RPR) avait obtenu 42 % en 1989, Sophie Jozan frôle les 30 % en 2008.
Vanessa RIPOCHE.
Ouest-France