Dossier

Festival Juste pour rire

Galerie photos

Édition du dimanche 13 avril 2008

Les rois de la gondole se gaussent gratuitement

Pour ouvrir les vannes de la rigolade, point besoin de bonne blague. Dans les clubs de rire, on se gondole sans raison, pour se lâcher. Reportage à Nantes, un soir de grande poilade.

« Ho ho ho! Ha ha ha! » Au coup de sifflet, la chenille redémarre : une dizaine de nez rouges frappent des mains, se croisent en s'embrassant, hilares. Sans même une vanne pour ouvrir la séance, les rires ont jailli du fond des gorges, et empli d'un seul éclat la salle du centre socioculturel de la Boissière, au nord de Nantes, où le Club de rire de Nantes se réunit tous les jeudis soirs.

Pour se chauffer les zygomatiques, rien de tel qu'un petit exercice de virtuosité : Une escadrille d'excentriques en espadrilles escorte une excursion d'exorcistes excités. « Répétez! » Jean-Loup Picavet, fondateur du Club de rire nantais, animateur de la soirée, prend la gaudriole très au sérieux. « Rire, c'est comme un sport. Si on ne pratique pas régulièrement, on est en manque et on régresse... »

Ce soir-là, ils sont dix à se taper sur les cuisses, à rire comme des bossus. Pour rien, sans raison. Un rire bête, forcé, contagieux. « Le cerveau ne fait pas la différence entre le rire naturel et le rire sans raison. » Enervés comme des enfants qui chahutent et n'arrivent pas à s'arrêter, les rieurs anonymes terminent la séance par un quart d'heure de fous-rires, allongés au sol, les épaules en avant et la main sur les abdominaux. « On cherche à se rapprocher du rire des enfants, à regarder l'autre dans les yeux avec le doux regard de la maman pour son bébé, explique Geneviève, 52 ans, statisticienne de métier, rieuse patentée. On se lâche sur son rire. On reçoit ce qu'on émet. »

Inventé par le docteur indien Madan Kataria, ce yoga du rire a éclaté en France en 2002. On rit aujourd'hui dans près de 150 clubs, regroupés au sein de l'Ecole française du rire qui forme les plus assidus à la rigologie et les envoie rire dans les hôpitaux ou les entreprises. Parce que le rire a du bon, qu'il libère les tensions, permet de se sortir des situations difficiles, d'un quotidien stressant. « Le fou-rire nerveux pendant un enterrement où chez le précepteur, c'est une protection. »

Il reste que ces brigades du rire ont souvent une drôle d'image. « On nous prend souvent pour des fêlés. Un 1er avril, on a voulu rire dans la cour du château des Ducs. On a demandé au gardien, qui s'est adressé au responsable du site, qui est allé voir le responsable du château, qui a dit non. On a fini par rire à l'extérieur, sur la place Marc-Elder. » Pas vexés, les membres du club de rire continuent à perfectionner leur art du bidonnage, à rire à gorge débridée, jusqu'à ce que larmes s'en suivent.


Contact. www.ecolederire.com

Ouest-France

Les autres titres

maville.com Tous les flux RSS d'actualités