Édition du dimanche 20 mai 2007
Les supporters envahissent La Beaujoire
Le temps était hier soir à l'orage, pour le dernier match de Nantes à domicile, en Ligue 1. Les supporters ont envahi la pelouse du stade.
« Direction, démission, revente immédiate », exige l'un des nombreux tracts qui volent dans les tribunes. « Dassault rend les armes. FCN Dassault m'a tuer », surenchérissent les supporters de la tribune Loire, cinq minutes avant la fin du match. Temps splendide hier avant un moment à pleurer : une descente aux enfers de la Ligue 2. Pour la circonstance, les supporters ont un peu déserté l'enceinte. Si peu. Les tribunes accueillent encore plus de 28 000 spectateurs. Bien que tout espoir de maintien dans l'élite est perdu depuis le déplacement de Bordeaux. Face aux Toulousains, on joue pour l'honneur, c'est tout et c'est beaucoup : « On attend la suite, le recrutement. Pour l'heure, on est dégoûtés ». Cette phrase « on est dégoûtés » revient en boucle dans la bouche des supporters. Et la tentative de récupération du malheur essayée par François Pinte, leader de la droite nantaise, qui distribue des tracts à foison à l'entrée du stade, n'y change rien : « Tout ça c'est de la politique », tranche un autre supporter accoudé au bistrot. Car enfin, n'est-ce pas Serge Dassault, sénateur UMP, qui est dans le collimateur ? « Un patron qui ne vient jamais voir ce que font ses ouvriers, vous ne pensez pas que ça n'encourage pas ? ». Stadiers et supporters, n'ont qu'une hâte : « Que Dassault, ce type qui n'aime pas le foot, qui n'aime pas Nantes, vende. Et qu'on reparte sur d'autres bases ». Ces mordus des Canaris viendront-ils l'an prochain encourager leur équipe ? Les avis sont partagés : « Bien sûr, on va se réabonner et on espère que la descente sera la plus brève possible », clame une bande d'inséparables. D'autres, cassant la croûte dans les allées du stade, affirment qu'ils ne reprendront pas leur carte : « Venir voir jouer les Nantais dans un stade de 5 000 spectateurs, sans ambiance, ça ne m'intéresse pas », avoue un vieux fan, approuvé par un autre. Mais si les dirigeants reviennent aux fondamentaux du club, qui ont fait 44 ans durant sa réputation, sûr que la passion renaîtra. Mais en attendant, hier soir, l'heure était à la colère. Maîtrisée, elle ressemblait à une prise de pouvoir de supporters trop longtemps laissés sur la touche. Ils ont envahi la pelouse avant le coup de sifflet final, en signe de désapprobation d'une gestion calamiteuse qui a mené tout droit à la relégation.Charles CENTOFANTI et Gaspard NORRITO.
Ouest-France