Le château des Ducs de BretagneLe mouvement est parti le mois dernier de Fouesnant, dans le Finistère, quand l'éditeur Yoran Embanner en a appelé au soutien de ses collègues et des associations bretonnes. Son petit guide historique et culturel de Nantes-Naoned venait d'être refusé par la librairie du musée du château des Ducs de Bretagne. Refusé car jugé « trop breton », affirmait l'éditeur, qui parlait de « censure » et de « sectarisme ». Depuis, le musée a corrigé le tir. Le guide y est désormais vendu, mais la grogne demeure. Car Yoran Embanner n'est pas le seul à se plaindre ou à s'interroger.
Ainsi Coop Breizh n'a pu placer Anne de Bretagne en bande dessinée, au scénario rédigé par Etienne Gasche, un Nantais, professeur d'histoire. « Le musée veut dépasser le mythe de la duchesse des Bretons, de la duchesse en sabots », reconnaît-on à la librairie. Même s'il n'est pas directement concerné, l'éditeur rennais Bernard Le Nail pointe d'autres ouvrages victimes du même sort. La librairie du château ne propose aucun livre du Nantais Armel de Wismes, grande figure locale de l'écrit historique. Ni l'ouvrage de l'universitaire Philippe Tourault sur Anne de Bretagne. Pas plus que les romans d'Anne-Claire Deré ou, dans un autre domaine, les ouvrages de Louis Oury consacrés à l'exécution du commandant Hotz, rue du Roi-Albert à Nantes.
« Dans l'édition bretonne, c'est la stupeur. » L'éditeur s'interroge sur ce qu'il considère comme un abus. « Une librairie située dans un lieu public se doit d'être pluraliste et d'accepter différentes visions de l'histoire dans la mesure où elles respectent les valeurs de la République. Dès lors qu'ils ne véhiculent ni révisionisme, ni racisme ou complaisances avec l'extrême droite, pourquoi refuser certains auteurs ? »
Les mécontents s'interrogent sur le rôle des historiens du comité scientifique du musée, soupçonnés de vouloir faire la pluie et le beau temps, voire de régler des comptes. « Jamais le comité n'a été consulté sur le contenu de la librairie », répond Alain Croix, qui y siège avec Didier Guyvarch'et Guy Saupin. « À titre personnel, mais je ne suis pas le seul, j'ai suggéré, en septembre 2006, une liste de livres, laquelle n'avait rien d'exclusive. C'était ensuite à la conservatrice du musée de faire ses choix, et je ne suis pas allé vérifier si elle avait suivi mes propositions. »
Le très actif historien défend la liberté, pour la directrice du musée, de sélectionner les ouvrages proposés aux visiteurs. « Cela relève de la responsabilité scientifique d'un musée. C'est son devoir de s'appuyer sur des critères scientifiques, c'est son droit de dire non quand il estime que le travail n'est pas bon, trop ancien, ou ne répond pas à la diversité des publics. De la même façon qu'une bibliothèque universitaire n'achète pas tous les ouvrages. Ou qu'un libraire, pour des raisons plus subjectives, décide de ce qu'il met ou non en vitrine. »
Marc LE DUC.