Un chant grave d'un moine, rythmé par quelques sons de cloches et de tambourins, accueille les fidèles. Une heure avant le début de l'initiation, le dalaï-lama commence le rituel.
Au pied de l'hôtel, les fidèles. Regards tournés vers l'image de Bouddha et mains jointes, successivement posées sur la tête, la bouche et le coeur. J'admire les prosternations. Quelle souplesse ces bouddhistes! Certains vont même jusqu'à s'allonger avant de s'asseoir sur leur « zafou », des petits coussins rond.
Avant le début de la cérémonie, ma voisine anglaise me sauve de mon ignorance. Elle m'explique les rites. «Les « kathas », ces écharpes blanches ou jaune pâle, sont déposées au pied de l'autel en signe de respect.» Tout au long de la cérémonie, je l'observe attentivement. Dans ses mains un mâla - chapelet de 108 perles - qu'elle égraine en récitant des formules sacrées. Sur son trône, le dalaï-lama me rassure. «Ceux qui n'ont jamais réalisé d'initiation peuvent recevoir la bénédiction sans engagement particulier.»
Tout va très vite. Le chef spirituel en perd même son tibétain. Ses paroles de bénédiction s'entremêlent. Taquin, il est le premier à s'en amuser. Puis, l'initiation de Padmasambhava commence. Tout le monde semble le connaître. Sauf moi... Heureusement, ma voisine, improvisée Maîtresse tibétaine, poursuit mon initiation. «C'est un grand maître indien qui a réformé le bouddhisme et créé le premier monastère en 749.»
Nous fixons sur nos fronts un ruban rouge qui symbolise l'ignorance. À la place du dalaï-lama, il faut imaginer Padmasambhava en bleu foncé. Même avec de la bonne volonté, je n'arrive pas à me détacher des teintes ocre et jaunes dominantes dans la salle. La parole universelle du dalaï-lama me vient en aide. «Pour les personnes issues d'une autre religion, considérez votre divinité. Et les athées peuvent souhaiter de faire le bien autour d'eux. Ou seulement d'éviter de causer sciemment de la souffrance aux autres.»
Les bouddhistes recevant l'initiation sont appelés, si possible, à mettre le genou droit à terre. Même dans les gradins, certains s'exécutent entre deux rangées étroites de fauteuils.
Dans les allées, des bénévoles passent déposer une eau bénite colorée au safran dans les mains des fidèles. Ils la portent à la bouche puis l'apposent sur la tête. Et ce n'est pas fini. À l'issue de ces deux heures, chacun s'applique trois points de poudre orangée sur la peau. «Le front symbolise la libération de l'esprit, la gorge pour la parole et le coeur pour le corps», m'éclaire ma voisine.
Moins ignare qu'à l'arrivée, j'en arrive à saluer ma voisine en concluant: « Au fond, les rites ne sont pas très éloignés d'une religion à l'autre ! »