On connaît ses chansons, elles ont fait le tour du monde. Il les présente cette semaine en concert dans l'Ouest. Gros plan sur un garçon si atypique dans le milieu de la musique.
Il est l'une de nos grandes stars, l'un des rares Français à pouvoir attirer des milliers de personnes un peu partout. Mais ne comptez pas sur lui pour jouer ce rôle de star. « Je chante dans les stades, mais aussi à 2 h du matin au coin d'un boulevard, à Rio. On y a foutu un de ces bazars, une nuit. C'est aussi ce que j'aime dans ma vie. Je peux faire du gros stade et le dernier bistrot. Quand ça part, je suis là ! »
Quarante-six ans et l'allure d'un ado, Manu Chao. Tee-shirt, bermuda, baskets et sourire volontiers affiché sur sa frimousse de garçon joyeux de vivre. Il reçoit, non pas dans un palace parisien, mais dans sa petite piaule bricolée sous les toits de la salle de concerts La Cigale, à Pigalle, où son tourneur Corida a ses locaux.
« Avoir des beaux appartements, des grandes maisons, ça ne m'a jamais intéressé. Cela ne m'est même pas passé par la tête. Bien sûr, plein de fois, je vois des endroits où je me dis que je m'installerais bien. Parfois, j'y ai acheté une baraque. Mais ça donne plus de liberté d'en louer une, de savoir que tu passeras juste un moment de ta vie là. Je ne suis pas attaché aux choses. »
« J'ai une vie de quartier »
Ni aux apparences : « Il m'arrive, pour venir ici, de prendre le RER depuis l'aéroport. Parce que c'est plus facile. L'anecdote, c'est de voir les minots de banlieue qui te reconnaissent. Il y a un moment où ils te prennent pour un ouf (un fou...). Ils ne captent pas. C'est cool, t'es Manu Chao, ils te disent. Mais qu'est ce que tu fous là ? T'as pas de voiture ? Ben non, j'ai pas de voiture », s'amuse le chanteur.
A quoi bon. Il se déplace avant tout de capitale en capitale. Il habite Barcelone depuis 9 ans. « J'ai une vie de quartier passionnante. Et j'aime ça. J'estime y avoir mes responsabilités en tant que musicien de quartier, même si je fais une carrière internationale. » Il vient régulièrement à Paris. Il aime Bamako, où vivent ses amis Amadou et Mariam, dont il a produit le dernier disque: « Au Mali, ça se lève tôt et ça se couche tôt. Moi à 23 h, j'ai les yeux comme un hibou. Alors, je suis allé voir les jeunes sur le toit. Ils rappaient, il y avait une guitare et du thé. » C'était Smod, le groupe de « folk/hip-hop » du fils d'Amadou et Mariam. Manu vient de finir d'enregistrer leur disque.
Sa ville préférée, c'est Rio de Janeiro: « Le rythme, le sens de l'humour, le climat, j'aime. C'est une ville effervescente. » Il y a appris à jouer des percussions: « Après, quand j'ai repris la guitare et que j'ai chanté, j'ai senti que j'avais progressé. Peut-être une histoire de respiration. » C'est aussi au Brésil que vivent son fils et la mère de son fils, dans le Nordest.
Fin 2007, Manu Chao a poussé jusqu'à Buenos-Aires, enregistrer un disque avec les patients d'un hôpital psychiatrique réunis autour d'une radio interne, La Colifata, la radio des fous dans l'argot local...« J'ai pioché dans mes musiques pour habiller leur slam, à pleurer, à rigoler. J'ai mis mon énergie, mon temps. Je me suis senti utile. »
« Faut kiffer la vie »
Du Manu Chao craché. « Faut kiffer (aimer) la vie et essayer d'être utile en kiffant. Mais je me sens mieux dans les petits coups que dans les gros. J'ai pas de gosses qui m'attendent à la maison. Personne ne me dit ce que je dois faire. Je décide de ma vie et je n'embête personne. Et surtout, je n'ai pas de problème d'argent. On nous parle de démocratie, mais c'est la dictature de la thune. Tu en as, tu décides de ce que tu fais. On vit sur un château de cartes. On a vécu la fin du communisme, qui n'était pas soutenable. Je crois que le capitalisme n'est pas soutenable non plus. Ça va nulle part. »
Le monde se durcit. Il a aussi durci sa musique, entouré de son groupe. Mais il chantera toujours ses comptines, ses ritournelles. « C'est mon son personnel. » L'an dernier, il a tourné en Europe du Nord, Suède, Danemark, puis Autriche et Allemagne. Il y a rempli des lieux jusqu'à 10000 places, « avec un public très latino ». Là, c'est enfin au tour de la France, dans des grandes salles « pour que personne ne reste dehors ». Et à des prix plus bas que les concerts de cette taille...
Ensuite, il verra. Il voudrait faire un disque en portugais. Et puis, comme il aime le dire, il continuera à chercher la tombe de Don Quichotte. « C'est chercher quelque chose qui n'existe pas... C'est toujours y croire. Moi je vis d'illusion. Mon bonheur, c'est de pouvoir essayer de réaliser mes rêves. Et c'est déjà une fabuleuse histoire. »
Michel TROADEC.
En concert à Nantes (Zénith) le 5juin et à Brest (Penfeld) le 7, avec Keny Arkana en première partie. CD La Radiolina. Because Music.