Édition du mercredi 16 avril 2008
Michel Auray, un corps rond et un esprit carré
Il vit dans l'ombre. Le président de l'USJA depuis 25 ans cultive les paradoxes.
Un corps rond, un esprit carré, il se donne l'air pataud alors que la trace de son destin ne souffre d'aucune courbure. Droit comme un I. « Si j'étais un arbre, je serais le chêne, l'emblème de la ville de Carquefou, un arbre de notre région, solide comme un roc dans la gagne. Dans la vie de tous les jours, ce serait le roseau, toujours optimiste. On le plie dans tous les sens, mais il ne rompt pas. »
Avant que l'USJA Carquefou ne devienne le tube à la mode des soirées agitées, Michel Auray - 60 ans - était déjà paré de toutes les qualités : humble, bien élevé, discret, généreux, pragmatique, fidèle en amitié et dans le business. Un homme de la terre, un fils d'une modeste famille d'agriculteur devenu chef de clan, paysagiste et patron. « Je suis un autodidacte, plutôt bac -4. » En 1972, il a monté seul Nature Environnement. La société et ses différentes filiales n'ont cessé de grandir pour compter 350 salariés, jusqu'à leur revente il y a trois ans à ISS, un monstre du secteur. Depuis, il a créé avec son frère Les pépinières du Val d'Erdre. « Je suis né pour être patron. Tu peux donner la plénitude de tes capacités dans le domaine psychologique, affectif, d'organisation, de méthode et de pugnacité. Entreprendre est un des mots les plus beaux du vocabulaire. »
Son club, depuis 24 ans qu'il le préside, il la modelé à sa façon. Avec conviction et détermination, « de façon linéaire et non pyramidale. » La précision est de taille dans la bouche du président carquefolien. La rigueur du chef d'entreprise est enveloppée de valeurs humanistes. « Quand tu mets sept mecs pas trop cons autour d'une table, tu peux agir. Ça vaut mieux que la réunionnite. En dehors du mot entreprendre, j'apprécie le terme efficacité. » Michel Auray cultive lafidélité ¯ « les six personnes qui sont venues me chercher sont toujours à mes côtés » ¯ mais déteste la lumière. Juste ce souci de maîtriser le cours de l'histoire : « Je ne suis pas dur, mais exigeant, car c'est à ce prix qu'il y a du bonheur. Un autre des mots qui m'est cher : se rendre utile. Au lieu de se poser sur la rambarde cinq minutes avant le coup d'envoi, mieux vaut participer à la feuille de match et l'accueil des arbitres. »
Le passionné devient parfois excessif. « Des révoltes de générosité » si l'on en croit Michel Tronson, le président de la Ligue de l'Atlantique. Vis-à-vis de la politique par exemple qui l'a rejeté en même temps que les citoyens carquefoliens en 2001. « Il voulait peut-être embrasser trop de choses à la fois. Chez certains, cela a entraîné de la jalousie. Ils l'appelaient le petit Tapie » se souvient Gisèle Gautier dont il fut le premier adjoint en 1989 mais aussi l'adversaire malheureux en 2001. « Cette blessure ne s'est jamais refermée. Je préfère retenir ses valeurs humanistes et son engagement vers les jeunes. »
Michel Auray parle pour sa part d'une « d'une fonction enrichissante si on veut bien oublier le mot politique » ou un peu plus tard d'une société dans laquelle il se reconnaît de moins en moins, « avec cette faune qui ne vit que par le paraître. Je trouve ça d'une pauvreté dépassée et déplacée. »
Le football n'échappe à sa critique. L'abonné au FCN depuis 1966 préfère le petit écran à la L1, même s'il reste fidèle à La Beaujoire. « Vu mon exigence, j'aurais viré trois quarts de l'équipe ! Par rapport à des mecs qui travaillent pour le SMIC, ils devraient faire cent fois plus. Pour toutes ces raisons, j'apprécie le championnat anglais. Pas des branleurs, des «pignoux» en train de se rouler par terre car tu leur as marché sur le lacet. »
Ses joueurs ne lui connaissent aucune colère mais un don pour les tester avant de parapher leur contrat. « Celui qui me demande combien je peux lui offrir, je le regarde dans les yeux et lui souhaite bon vent. J'ai plutôt besoin de le comprendre pour l'aider dans ses études ou son boulot. »
Une fois la coupe terminée, Michel Auray retournera à ses loisirs, la nature, les animaux, la pêche sous toutes ses formes. « Tu respires l'air du temps et puis, il faut bien l'avouer, il y a ce côté compétition. Malgré tout, il n'y a rien de plus beau que le nez au vent, les mains dans les poches à observer. C'est magique ! »
Christophe DELACROIX.
Ouest-France