Photos d'identité gratuites : les pros font la grimace
Les photomatons et photographes professionnels qui s'étaient adaptés aux normes européennes se sentent aujourd'hui sur la sellette.
Pour les passeports biométriques, 2 000 mairies pourraient être équipées de machines à photos gratuites. A Nantes et Pornic, dès l'automne prochain.
Les professionnels de l'image montent au créneau contre la mise en place annoncée de stations photo gratuites dans les mairies des 2 000 plus grosses villes de France. Ils posent un ultimatum au gouvernement : s'ils n'obtiennent pas de réponse d'ici le 10 mars, les photographes menacent de faire grève en suspendant la prise de photos d'identité pour les papiers officiels. Et ce jusqu'à nouvel ordre.
Réparties dans 2 000 communes, ces futures « stations d'enrôlement » permettront de capturer et de numériser les portraits et les empreintes digitales, intégrés par la suite dans les passeports biométriques. Ces nouveaux documents, plus difficiles à contrefaire, seront mis en circulation d'ici fin juin 2009. Un décret, actuellement à l'examen au Conseil d'Etat, devrait être publié dans les prochaines semaines.
Nantes et Pornic pour villes tests
Des essais sont d'ores et déjà prévus. La Loire-Atlantique fait partie (avec le Nord, l'Oise, l'Aube et la Gironde), des cinq départements test désignés par le ministère de l'Intérieur pour évaluer les machines dès l'automne. Après concertation avec plusieurs communes, la préfecture de Loire-Atlantique a choisi deux villes d'envergure différente, Nantes et Pornic, pour expérimenter les premiers appareils.
Pour l'heure, les modalités d'application restent floues. Une réunion, prévue début avril, devrait préciser la mise en oeuvre du dispositif à la mairie de Pornic. Ce nouveau texte devrait entraîner une augmentation de l'affluence dans les mairies dotées d'une station photo.
2 000 mairies pour obtenirun passeport
Car désormais, seules 2 000 mairies, soit une vingtaine par département, pourront délivrer des passeports. « C'est inadmissible, lâche Gildas Renou, vice-président du Groupement national des photographes professionnels (44 adhérents en Pays de la Loire). Les personnes âgées vont devoir se déplacer dans les grandes villes pour faire leur passeport. Et comment ceux qui travaillent vont-ils trouver le temps de se rendre à la mairie voisine, pendant les heures d'ouverture ? » Le ministère de l'Intérieur rétorque qu'« on ne se déplace qu'une fois tous les dix ans pour un passeport ».
La prise de vue dans ces « stations d'enrôlement » n'aura cependant pas de caractère obligatoire. Il sera toujours possible d'apporter des clichés réalisés chez un photographe, qui seront scannés en mairie. Mais « qui va payer un professionnel alors que l'on peut se faire tirer le portrait gratuitement », s'interrogent les syndicats. La gratuité fait grogner les photographes, qui accusent le gouvernement de « concurrence déloyale ».
Déjà secoués par l'arrivée du numérique, ils avancent une perte de chiffre d'affaire de 15 à 20 %. Des chiffres contestés par le gouvernement, qui estime le manque à gagner à 2 à 3 %. « On ne repart pas de la mairie avec ses photos, tempère Gérard Gachet, le porte-parole du ministère de l'Intérieur. Les gens qui ont envie d'avoir un jeu de photos iront chez le photographe. »
La mesure ne concerne pour le moment que les nouveaux passeports, mais pourrait être étendue aux cartes d'identité, soit cinq millions de documents « On réfléchit à l'idée », concède Gérard Gachet.
Mélanie DELAUNAY.
Ouest-France