Édition du mercredi 01 août 2007
Profession pilote d'éléphant... de ville
Trois pilotes assurent la balade de l'éléphant, nouvelle attraction vedette de l'île de Nantes. Un métier hors normes qu'Arnaud Delafosse, un converti de fraîche date, exerce désormais avec passion.
« Ma première fiche de paye, je compte bien la conserver. Pilote d'éléphant, c'est pas courant ! » Au mois de juin, Arnaud Delafosse a signé un CDI avec Les Machines de l'île. La quarantaine passée, Arnaud est le dernier à rejoindre l'équipe de conducteurs, composée de trois machinistes, qui fait tourner les engins animés de la nef Dubigeon. Une animation qui a redonné vie à l'île de Nantes. « Dans l'idéal, on devrait même être quatre. Mon rythme est de 42 heures par semaine. » Arnaud est fatigué mais satisfait de son sort. Il est 19 h à l'ancien hangar, l'éléphant referme à peine les paupières qu'Arnaud se lance dans l'inventaire des problèmes techniques rencontrés. « Paris a la Tour Eiffel et Nantes son éléphant ! »Tout est passé en revue. Les soixante vérins hydrauliques, les interrupteurs et les joysticks manipulés par les visiteurs. « Il nous fait des caprices ! Aujourd'hui, il ne voulait plus fermer les yeux. Dans la cabine, on entend toutes sortes de bruits, des craquements inquiétants... On se demande toujours si la tête ne va pas nous tomber dessus », confie-t-il, un poil stressé par cette machine de 45 tonnes. Qualités recherchées pour l'emploi : sérénité et un bon coup d'oeil. Les jours de beau temps, jusqu'à 500 personnes déambulent autour de la machine. L'air grave, Arnaud rappelle une exigence majeure du métier : la sécurité, « surtout avec les enfants quand on articule les pattes ». Alors, pour exercer ce métier hors normes, mieux vaut avoir pléthore de cordes à son arc. A 20 ans, Arnaud travaille comme DJ au Saint, un club rock de Paris, d'où il est originaire. Souvent, il est amené à Londres pour y repérer des musiciens. Celui qui a arrêté l'école après son CAP plomberie chauffagiste regrette de ne pas maîtriser l'anglais. Qu'à cela ne tienne, en 1985, il s'envole pour Los Angeles. Il y restera quatre ans, un jour serveur, le lendemain gardien de parking. Ces jobs ne lui permettent pas d'obtenir la Greencard, le sésame des immigrés aux États-Unis, et il repart sans regrets. « Je sentais bien que je n'avais pas la même mentalité. Trop de profit, de business... » De retour en France, bilingue, il se lance dans le tourisme. Guide interprète à Paris, en Champagne et aux châteaux de la Loire, l'homme voit du pays et continue de plus belle, comme intermittent du spectacle, régisseur technicien. Jusqu'au jour où il décide de s'établir à Nantes, « pour se rapprocher de ma fille. » Avec l'aide d'Ouest-FrancePermis poids lourds en poche et une expérience de pilote sur les croisières de l'Erdre lui donnent envie de poursuivre dans cette voie. Un matin de mai, alors qu'il est au chômage, il tape « pilote » sur internet et tombe sur un article d'Ouest-France, titré Cherche pilote d'éléphant permis poids lourd... Ni une ni deux, coup de téléphone et entretien avec Pierre Orifice, l'un des créateurs des Machines de l'île. Questions sur la mécanique hydraulique et générale, réponses assurées, Arnaud décroche l'emploi. Aujourd'hui, son quotidien, c'est quatre balades en éléphant, graissage et vérification compris. Malgré un parcours répétitif, pas une once de lassitude. « Il existe plus de trente séquences pour animer l'éléphant. Il y en a que je ne connais pas encore. Avec ce prototype, chaque balade est un défi, c'est ce qui est excitant. » Témoin privilégié d'un public émerveillé, cet ancien Parisien ne résiste pas à la comparaison. « Paris a la Tour Eiffel, et maintenant Nantes a son éléphant ! »Ses prochaines vacances ? Le regard pétillant, il s'imagine déjà se balader en Asie ou en Afrique, avec une étape incontournable, une balade... à dos d'éléphant. Car ce pilote machiniste au savoir-faire indéniable n'a encore jamais grimpé sur un pachyderme en chair et en os !Marilyne GAUTRONNEAU.
Ouest-France