Édition du jeudi 10 mai 2007
Roussillon tous azimuts
L'opération maintien s'achève dans un suspense insoutenable, lors de la dernière journée, sous les yeux d'un homme que personne ne connaît : Rudi Roussillon. L'histoire dit alors qu'il tient dans sa main un communiqué annonçant une cession en cas de descente. Il ne le sortira pas. En juillet 2005, il prend donc les commandes. Ses premières mesures sont spectaculaires : il met Robert Budzynski à la retraite, licencie le directeur général Eric Leport et annonce le départ de Jean-Luc Gripond après une période transitoire. Mais le provisoire va durer. Roussillon, au front sur les dossiers L'Express et Le Figaro pour Dassault, est un président courant d'air. Il s'appuie donc sur Gripond, qui poursuit sa politique comme il l'entend, mais dans l'ombre. C'est notamment lui qui place N'Doram avec lequel il va désormais gérer le recrutement, bien au-delà des seules négociations.Une collaboration qui va donner sa pleine mesure à l'été 2006. Avec une nouvelle orientation dans le recrutement, décidée sans concertation avec l'entraîneur. Une fois encore, c'est l'échec. Du coup, Roussillon, qui s'est contenté de communiquer jusque-là, fait son entrée dans l'opérationnel. Sans la queue d'un projet ou d'une ligne de conduite. En quelques mois, après avoir, de concert avec JLG, refusé de donner les pleins pouvoirs sportifs à Halilhodzic, il shoote Le Dizet, puis Eo, son successeur, pour placer l'improbable tandem N'Doram - Der Zakarian. Au Mercato d'hiver, il s'offre un coup de pub extraordinaire avec Barthez, dont il semble être le seul à ne pas savoir, dans ce milieu, qu'il est tout, sauf un leader. En lui donnant « carte blanche », il ouvre la voie à un management à deux vitesses qui parachève ces cinq années et demi d'errance, où à un projet malvenu a succédé une gestion à la petite semaine.Un laps de temps suffisant pour mettre à mal un modèle économique qui, s'il était fragile avec cette forte dépendance aux cycles du centre de formation et aux ventes de joueurs, n'en était pas moins viable. Aujourd'hui, puisque la formation n'est plus au centre des priorités, et alors que les grandes consciences de la maison jaune ont été une à une conduites vers la sortie, il faut en reconstruire un autre. Avec les mêmes hommes et la même maison mère ? Les réponses appartiennent à Serge Dassault. Un actionnaire qui n'a jamais mis les pieds ni à la Jonelière, ni à la Beaujoire. Édifiant.Pierre-Yves ANSQUER.
Ouest-France