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Titel, 51 ans, est arrivé d'Espagne il y a une semaine. C'est la première fois qu'il vient en France. : Photo Presse OcéanDes milliers d'automobilistes sont passés tout près, route de Sainte-Luce. Mais sans les voir. Personne ne soupçonnait leur existence. Pas même les associations les plus impliquées.
En découvrant « ça », elles ont été « surprises » et « choquées ». Elles en avaient pourtant vu des caravanes dézinguées et des terrains boueux. Mais « ça », jamais à Nantes. Ils étaient là, derrière ce mur, au milieu des ronces, devenues maîtresses des lieux avec les années d'abandon. Sans eau. Sans électricité. Sans rien.
Pour arriver jusqu'à eux, il ne fallait pourtant pas s'éloigner de la ville jusqu'à ne plus la voir. Non. Il faut rester à Nantes, tourner à droite, arpenter un chemin sans issue, franchir un fossé, se frayer un passage au milieu des épines. Et tout au bout, coincées entre un arbre mort et des herbes folles plus grandes que les toiles : deux tentes, les pieds dans le froid, d'abord. Plus loin, des bâches et des cabanes. C'est là que vivent depuis une semaine ou depuis des mois, des familles Roms. Des hommes. Des femmes. Et des enfants... arrivés de nulle part. Et ne parlant pas un mot de français.
« Recommencer la même vie là-bas, il ne veut pas »
Jusqu'à l'arrivée de nombreux policiers, jeudi, ils vivaient là, cachés, presque terrés. Mais ce soir-là, onze hommes ont été interpellés et conduits au commissariat.
Et ce vendredi matin, comme perdus, Mihai et Titel, 22 et 51ans, ne savent « plus quoi faire ». Le premier, par la voix d'un voisin devenu interprète pour l'occasion, dit être arrivé de Roumanie il y a un mois et demi. Le second est venu d'Espagne, il y a une semaine. Là-bas, il a cueilli les olives. Et dormi dans une cabane mise à la disposition des travailleurs. Et puis, il a dû partir. La saison des oranges n'avait pas encore commencé là-bas. Alors, il a pris sa toile de tente et sa petite valise. « Et on l'a déposé là. On lui a dit qu'il y avait du travail en France... Il avait entendu beaucoup de bien sur ce pays. » Il aurait pris « n'importe quoi ». Titel croyait avoir « au moins une chance ici ».
Mais aujourd'hui, il est « découragé ». Il le sait, il va falloir partir. Où ? Pas en Roumanie en tous cas. « Recommencer la même vie là-bas, il ne veut pas », traduit le voisin. Alors il va peut-être retourner en Espagne. Il ne sait même pas avec quoi.
Défaut de ressources
Plus loin dans les ronces, les femmes et les enfants attendent des nouvelles du commissariat. Les hommes ne sont pas encore rentrés. L'Etat leur reproche de manquer de « ressources ». Même s'ils sont désormais des citoyens européens, aux yeux de la loi, ils vivent donc « sur le dos de la France ».
Hier soir, la préfecture expliquait qu'une « aide au retour volontaire » allait leur être proposée. « S'ils acceptent, on va organiser leur retour en Roumanie et leur trouver un hébergement en attendant », indiquait Michel Vilbois, directeur de cabinet du préfet. « Sinon, un arrêté sera pris et ils auront un mois pour partir ».
Anne-Hélène Dorison