Sida : un relâchement dangereux et inquiétant
Le centre de dépistage anonyme et gratuit du CHU a réalisé 6 200 tests de dépistage du VIH en 2007.
Le Sidaction démarre aujourd'hui. Cet appel aux dons de trois jours ne doit pas faire oublier qu'on assiste à un relâchement de la prévention. Enquête.
D'après les estimations de l'Institut national de veille sanitaire (INVS), publiés en décembre dernier, 132 séropositivités ont été découvertes en 2006 contre 190 en 2005. « Et en Loire-Atlantique, on estime le nombre à 68 contre 81 en 2005 », précise Isabelle Gaillard, chargé d'étude à l'Observatoire régional de la santé (Ouest-France du 26décembre 2007). Mais, derrière cette tendance, se cache une reprise de la contamination chez les gays: 15 cas en 2005 dans le département, 17 en 2006.
Un constat qui préoccupe les autorités sanitaires. Faut-il y déceler une augmentation des comportements sexuels à risque chez les gays? Il semble bien, mais, tempère Fabrice Guyard, délégué régional de Sida info services, « ils se font plus souvent dépister et plus rapidement. Donc les statistiques sont forcément plus élevées ».
Épidémie toujours plus forte
Il est vrai que l'on meurt toujours du sida, mais beaucoup moins. Vingt-cinq ans après son apparition, ce fléau est, grâce à l'efficacité des trithérapies, en passe de devenir une maladie chronique. On vit, plus ou moins bien, avec elle. Longtemps parfois. D'où un relâchement de la protection? On « oublierait » plus volontiers et plus fréquemment le préservatif. « Il y a un constat général de relâchement. Alors que l'épidémie de sida est toujours assez forte », reconnaît Fabrice Guyard, délégué régional de Sida info service.
Pourtant, les associations de prévention des risques ne chôment pas. Le Syndicat national des entreprises gaies (Sneg) fait la tournée des « lieux de sexe » sans faiblir. « En 2007, nous avons notamment livré 50 000 préservatifs à l'un des bars de drague de la ville », explique Éric Maniscalco, délégué du Sneg pour l'Ouest de la France. L'antenne nantaise de Sida info service mène cette même démarche de prévention dans les maisons libertines de la place. « Préservatifs et documentation sont à portée de main de nos clients », reconnaît l'un des employés d'un de ces lieux. « Après, chacun est responsable... », poursuit-il.
Reste les comportements hors des lieux commerciaux... « Peu d'actions de prévention sont menées sur Nantes par rapport à d'autres villes, comme Angers », déplore Fabrice Guyard. Allusion à ces lieux de drague extérieurs où « les services municipaux n'ont pas encore mis de nids d'hirondelles avec préservatifs dans les bosquets... », résume avec humour un auteur anonyme sur le Net.
Tests tardifs
La perception du danger est toujours présente. Le centre de dépistage anonyme et gratuit du CHU de Nantes tourne à plein régime. Il a réalisé « 6 200 tests de dépistage en 2007 », indique le docteur Bénédicte Bonnet. La région Pays de la Loire est pourtant, sur le plan national, bonne dernière dans le nombre de tests pratiqués. De nombreuses personnes découvrent leur séropositivité tardivement, longtemps après leur contamination. Une tendance nationale!
Le danger n'empêche pas le risque. « Les personnes homosexuelles se contaminent encore beaucoup, rappelle Bénédicte Bonnet. Ce sont pourtant les mieux informées. » Eric Maniscalco poursuit: « La majorité se protège, mais pas tout le temps ! »
Il y a plein de mauvaises raisons pour baisser la garde: « Le manque de préservatif sur l'instant. Certains, dépressifs, se disent à quoi bon prendre des précautions alors que ma vie ne vaut pas grand-chose. L'amour, le coup de foudre qui fait perdre la raison, tout comme l'abus d'alcool ou de drogues peut remiser cette même raison aux oubliettes. Ajoutons un certain ras-le-bol d'une génération confrontée depuis vingt-cinq ans à ce fléau... »
Ce qui est certain, c'est que « les moins de 25 ans se protègent très mal. Ils pensent que c'est une maladie de vieux », poursuit Éric Maniscalco. « 80 % des personnes qui se font dépister au CHU ont entre 18 et 35 ans ; les jeunes prennent des risques, mais ont donc également bien recours au dépistage ! Cependant, plus de la moitié des personnes qui découvrent leur séropositivité ont entre 30 et 50 ans ; beaucoup (encore trop) de personnes font des tests trop tardivement ce qui nuit à leur prise en charge ultérieure », précise Bénédicte Bonnet.
Comme quoi, l'âge de raison en matière de prévention n'existe pas...
Ouest-France