Édition du samedi 30 juin 2007
Thomas Ferrari, paysagiste de l'imaginaire
Sous le métal, le végétal. Il a habillé, de plantes super-résistantes, la branche prototype de l'Arbre aux hérons.
Le bac à sable de la maison de Metz était son terrain de jeu favori. Thomas Ferrari y construit son jardin secret. Quand la famille déménage, l'enfant accepte de le laisser contre quelques francs avec lesquels il achète ses premières plantes. « Je bidouillais, j'essayais de voir comment ça pousse... »Plus tard, il quitte les gelées de l'Est pour la douceur angevine. A l'Institut national de l'horticulture, pendant 5 ans, il apprend le métier de paysagiste, à la croisée de l'urbanisme, de l'architecture, de la botanique. Alors qu'il cherche le stage de 6 mois qui validera son cursus, il voit débarquer, à l'école, Pierre Oréfice, ancien administrateur de Royal de Luxe et directeur de La Machine (qui travaille avec François Delarozière) et Claude Figureau, directeur du Jardin des plantes de Nantes. L'Arbre aux hérons n'est encore qu'un rêve de papier. Tous trois cherchent celui qui saura composer la partition végétale des branches de 20 m de long. Beaucoup d'étudiants sont sceptiques, Thomas s'emballe et s'installe à Nantes en 2003. « Passionné de théâtre, j'étais émerveillé par l'univers de Royal de Luxe et j'ai flashé sur cet arbre, le sujet était fabuleux. » La mission se révèle délicate : contrainte de support, structure aérienne exposée différemment au vent, à l'ensoleillement, etc. Dans la bibliothèque du jardin botanique, auprès du « maître » Claude Figureau, « transmetteur de savoirs », il épluche les atlas, avale des montagnes de noms latins, sélectionne des espèces à la peau dure, « de type chasmophyte, qui se développent dans trois fois rien, sur les falaises, dans les rocailles ». Le temps file, le voilà diplômé et ingénieur, aussitôt embauché à l'agence Zéphyr. Thomas poursuit son oeuvre végétale en tant que travailleur indépendant. Les parcs du monde entier lui envoient des graines, mises en culture au printemps 2005, puis surveillées, testées. L'hiver qui suit, les plants sont placés dans des sacs, « avec un substrat pauvre et le moins d'eau possible ». Une quarantaine d'arbres, fougères, arbustes, plantes vivaces, suffisamment résistantes, sont retenus pour habiller le bras de métal géant, « un écosystème à lui tout seul ». Il se nourrit de l'eau de pluie qui tombe sur les nefs, distribuée grâce à un savant réseau d'irrigation. Aujourd'hui, volumes et couleurs ne demandent qu'à s'épanouir. « Ça prend corps, c'est magique ! Avec ces graines, je me sens un peu papa, je les ai tellement bichonnées ! »Magali GRANDET. Son carnet d'adressesLe Jardin des plantes de Nantes. « Les serres tropicales (ou palmarium construit en 1898) abritent une collection exceptionnelle d'épiphytes (type orchidée). » Le Mas Thélème, route d'Anjou, La Varenne (28 km de Nantes, direction Ancenis). « Ce café à l'ambiance de pub surplombe la vallée de la Loire. La carte des bières est impressionnante et on peut assister régulièrement à des concerts et des spectacles. Par la Divatte, la balade est superbe. »Le film Dialogue avec mon jardinier avec Jean-Pierre Darroussin et Daniel Auteuil. « Un coup de coeur cinéma qui présente une histoire humaine très belle autour du jardin et de l'amitié, mettant en scène un jardinier à l'esprit pragmatique et sensible. »Festival des jardins à Chaumont-sur-Loire (région Centre). « Tout l'été, ce festival invite 26 artistes qui proposent un p'tit bout de jardin sur le thème « Mobiles ». Pour voir des jardins ludiques, originaux, surprenants, poétiques... et toujours en mouvement ! »Où le rencontrer ?Samedi, de 16 h à 22 h, inauguration de l'Éléphant, de l'Atelier des machines de l'île, de la branche, boulevard Léon-Bureau. Dimanche 1er, il sera possible de grimper sur la branche à partir de 10 h.
Ouest-France