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Édition du jeudi 18 octobre 2007

Tokio Hotel : « Pas des groupies, juste des fans »

Le groupe allemand, qui cartonne chez les adolescentes, jouait au Zénith. Certaines ont patienté 30 heures devant les grilles avant « le rêve ».

Elles ont dormi sur le bitume, partageant des couvertures de survie sous une bâche tendue à la hâte, histoire de s'épargner un peu des trombes d'eau tombées sur Saint-Herblain pendant la nuit. À 6 h 30, ce mercredi matin, le soleil n'est pas au Zénith et le périph' est encore fluide, mais 200 à 300 fans sont déjà rassemblées. Si on utilise le féminin pluriel, c'est qu'on voit mal comment les deux garçons égarés là pourraient faire basculer le genre. Tokio Hotel se produit ici ce soir, à 18 h, et il « fauuuuuut » être au premier rang. Tokio qui ?

D'abord, qui sont ces groupies ? Diable ! La question irrite Aurélie, « 19 ans et demi », qui a résisté à un voyage de Brest et à une nuit passée « à se les cailler ». « Les groupies, c'est les autres, là-bas ! » « Nous, on est juste des pures fans, on a des places en gradins », précise sa voisine Jessica, 16 ans, blonde et brune à la fois.

« Hystérique »

Les « autres » patientent devant l'entrée de la fosse, pour pouvoir assister au concert, debout, au plus près de la scène.

Camille, Laura, Céline et Myriam, 14 et 15 ans, lookées sagement, se sont rencontrées sur des forums internet. Elles sont arrivées ensemble à 6 h, après avoir passé le plus clair de la nuit à confectionner « 89 coeurs » de papier, coloriés un à un en rose ou en bleu. « Nous, des groupies ? Ça va pas ? », riposte Laura, la Bordelaise qui sèche un contrôle d'anglais et un autre de français pour l'occasion.

Camille renchérit : « On est des fans. Les groupies, elles, se foutent de la musique. Elles s'intéressent juste au physique de Tom et Bill (les deux frères leaders du groupe). » Et ce n'est pas fini : « Elles jettent leurs soutifs ou leurs strings sur scène. Elles mettent des talons hauts et un short. Elles sont hystériques. » Décriées mais invisibles. On n'en croise pas. Explication d'une adolescente qui a dormi là : « Les groupies s'ignorent. Elles savent même pas qu'elles en sont. Moi ? Je suis juste fan ! » Subitement, des cris de joie... Ils sont déjà là ? « Non, c'est leur garde du corps per-so-nnel qui vient de passer ! »

Sans ado à la maison, et au risque de passer pour un vieux bidule, on peut avouer ne pas connaître Tokio Hotel. « Les vrais fans disent « T.H ». Sinon, faites gaffe à pas écrire Tokio avec un Y, met en garde Myriam. L'aut' jour, sur un forum, y'a une débile qui avait écrit Tokyo Otel... T'imagines ? » Tokio, apprend-on, c'est parce que le groupe aime les villes qui bougent et Hotel, « parce qu'ils dorment souvent à l'hôtel ».

Leur musique ? « Du pop rock allemand. » Quatre garçons, maquillés, vernis noir sur les ongles, qui chantent « le suicide, le divorce, l'amour » en jouant sur leurs looks : « Il y en a un qui est rock, un hip-hop, un autre androgyne et le dernier un peu gothique... Il y en a pour tout le monde. » Pas bête. Céline range ses cookies-chocolat pour s'élever contre la presse. « Hé, vous, les médias, arrêtez de dire ou de sous-entendre que Bill est homosexuel. C'est sa vie... et c'est pas vrai. » Euh, nous, on n'a jamais rien dit...

« Douze heures, c'est long »

Le phénomène a envahi l'Europe depuis bientôt deux ans. Pour leur tournée en France, 70 000 places ont été vendues, dont 8 500 à Nantes. « Une copine est en route. Elle était à Bercy hier soir. »

Sur Internet, on échange ses impressions. « À Clermont-Ferrand, il y a eu 70 malaises avant le début du concert, s'inquiète Myriam avant d'entrer pour la première fois au Zénith. Après, c'était deux malaises par chanson... »

Au loin, sur le parking, des mamans veillent dans la nuit. « Ma fille m'a dit qu'elle m'en voudrait toute sa vie si je ne l'emmenais pas à 6 h... Je reste là jusqu'à ce que le jour se lève. » Un peu inquiète, la maman. « Je passerai plusieurs fois aujourd'hui, j'habite pas loin. Douze heures d'attente... C'est si long. »

Et cet été, direction Berlin-plage. « Oui, on va aller en vacances en Allemagne. Depuis qu'elle se passionne pour ce groupe, elle travaille dur en allemand. Elle s'intéresse à la culture. Comme quoi, y'a du bon dans ces passions. »

Et puis ça fait faire du sport. « Ça va être hyperchaud quand ils vont ouvrir les grilles, explique Laura. Va falloir courir trop vite. Heureusement, j'assure au 100 m. » Et on comprend mieux pourquoi les groupies ont tort de mettre des talons hauts.

Ouest-France

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