Édition du lundi 11 février 2008
Tony Heurtebis : « Un rapport sanguin avec Brest »
Tony Heurtebis n'aura gardé le but brestois qu'une saison, lors de l'exercice 2004-2005. Suffisant pour conserver un souvenir ému de son séjour finistérien.
Ma saison au Stade Brestois. « Collectivement, nous avons réussi une belle saison puisque nous avons longtemps lutté avec le trio de tête (Brest termina la saison à la 9e place). On vivait bien et on ne nous attendait pas forcément là. Malheureusement, je me suis cassé le doigt en septembre et je n'ai repris l'entraînement qu'à la mi-décembre. On aurait pu prétendre à un autre classement si on n'avait pas loupé un ou deux matches. Ça ne s'est joué qu'à quelques points mais ça n'enlève rien à notre performance. On avait commencé notre saison par une victoire à domicile avant d'enchaîner par un succès à Guingamp, ce qui à Brest, est très apprécié des supporters. Pour les Brestois, c'est un sacré derby. Lorsque j'ai signé, on m'a parlé d'un projet, mais il a rapidement évolué. Par la suite, les dirigeants de l'époque et l'entraîneur ont fait des choix qui leur appartiennent. Je n'oublie pas le comportement de certaines personnes. Mais ça reste personnel et je veux surtout dire que j'aurai beaucoup de plaisir à revoir quelques têtes connues. Je retiens le positif. »
Le public brestois. « Il est fervent et toujours présent, même dans les moments difficiles. Je me souviens d'un match à Le Blé contre Lorient avec une superbe ambiance. Le public brestois a longtemps été sevré, et nous, joueurs, ressentions cet engouement, cette attente. Le stade Francis Le Blé a une âme, mais les supporters méritent une autre enceinte. À mon époque, on évoquait déjà la construction d'un nouveau stade. Le maintien devait enclencher le processus. Le Blé est un peu limite. Plusieurs années s'écouleront avant la construction d'un nouveau stade. Si Brest monte en Ligue 1, ce sera un problème. Le discours n'a pas beaucoup évolué. »
Brest et sa région. « J'y suis très attaché. C'est un rapport sentimental et même sanguin puisque ma fille est née à Brest. Étant natif de Saint-Nazaire, j'ai retrouvé un peu le même style de ville à Brest. À Saint-Nazaire, j'habitais à 100 mètres de la plage. J'avais la chance, quand je jouais à Brest, de résider à Plougastel-Daoulas, pas loin de la mer, contrairement à d'autres joueurs, comme Laurent Morestin, qui habitait dans les terres. Pour rejoindre le centre d'entraînement de Pen Helen, je franchissais le pont de l'Iroise, avec une vue magnifique sur la rade, une perspective qui change en fonction de la luminosité, des couleurs, des bateaux. Ce n'est jamais figé. J'allais me balader au Conquet, mais aussi sur le port. À Saint-Nazaire, je connaissais l'ambiance des Chantiers de l'Atlantique et je retrouvais un peu cette atmosphère à Brest. Là-bas, il n'y a pas le même coeur de ville qu'à Nantes par exemple, mais ça bouge. »
Le match. « C'est une forme de derby même si ça n'a pas la saveur d'un match contre Guingamp. Les Brestois sont très attachés à l'histoire commune avec Nantes. Connaissant les Brestois, je sais comment ils vont préparer le match. Là-bas, les supporters ont une exigence : que les gars donnent tout sur le terrain. Le public brestois sait reconnaître la supériorité de l'adversaire à partir du moment où son équipe s'arrache. J'ai lu qu'un joueur brestois avait déclaré : « contre Nantes, ce sera une manière de nous étalonner. » L'enjeu se situe aussi à ce niveau-là. Ils seront remontés à bloc. Il faudra pouvoir répondre à l'engagement. Même si son équipe est dominée ou cas de résultats défavorables, il n'est pas dans la mentalité brestoise de lâcher. La dernière fois que Brest a été diffusé sur Eurosport, c'était face au Havre et le HAC s'était imposé à Le Blé. Ce soir, c'est l'occasion pour Brest de montrer une autre image. »
Recueilli par Loïc FOLLIOT.
Ouest-France