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Daniel Palvadeau, leader départemental de la CFDT en mai 68. Quarante ans après, avec un pavé nantais et un journal Ouest-France de l'époque. Le titre de l'ouvrage que cet ajusteur de formation n'a jamais voulu éditer : A l'Ouest, tout a commencé le 8 mai. Oui, ce 8 mai, « 20 000 mecs sous des trombes d'eau », « gros bataillons » annonciateurs de chaudes luttes collectives. « Ce jour-là, j'ai vraiment senti quelque chose. Dans la rue, contrairement à 1936, y'avait pas seulement des ouvriers des grosses boîtes de la métallurgie, mais des gars du bâtiment, de l'administration, des paysans... » Et « les étudiants, les éléments détonateurs ».
Il sort son agenda de 1968 : 14 mai, 18 h à Sud Aviation, l'usine occupée depuis quelques heures ; 18 mai, mariage (« comme à la communion de mon fils, je n'ai pas pu y aller ») ; 22 mai, 16 h, rendez-vous avec le CNPF ; du 20 au 25, un gros trait rouge et écrit dessous, toujours en rouge : « grève générale ».
« On pouvait aller plus loin »
Mai 68, c'est bien simple, c'est sa « plus belle époque ». Dans le chaudron du combat se rêvent d'autres vies, de ces vies qui ne seraient plus gangrenées par l'autoritarisme du « petit chef ». De ces vies où la sueur ne dégoulinerait pas des fronts 48 heures ou plus par semaine, mais 40 heures comme le prévoit la loi. « Vivre libre en travaillant », revendiquaient alors Palvadeau et ses copains cédétistes. Dans les têtes, un désir de « socialisme démocratique » et de grosses envies d'autogestion : « En gros, on aspirait à virer les patrons. »
« On avait l'espoir profond que ce ne serait plus jamais pareil », dit-il aujourd'hui. Le rêve, leur rêve, croyaient-ils, était à portée de main. Une affaire de jours... En attendant, le « bouillonnement » chauffait les esprits. Des discussions jusqu'au bout de la nuit à la bourse du travail. « Les gars ne dormaient pas, mangeaient n'importe quoi. Mais n'avaient plus de maux d'estomac, plus mal au dos. »
Les adhésions affluaient. « On n'avait plus de cartes. On a envoyé un militant, représentant de commerce, aller en chercher à Paris. C'était l'un des rares à avoir une voiture ! » Et ces tracts à tirer la nuit, ces coups de téléphone du Préfet (« j'avais l'impression qu'il pleurnichait »), cette prise de parole devant les gars des abattoirs de Nantes pour leur dire, sous les huées, de reprendre le travail (« Il fallait tuer des bêtes pour nourrir les gens. On devait pas se les mettre à dos »), ces journalistes locaux à convaincre de ne pas faire grève « de façon à informer les gens ».
Puis, au bout du compte, la reprise. « Si la CGT n'avait pas plié, je suis convaincu qu'on aurait pu aller plus loin, qu'on pouvait encore gratter des choses ». En ce jour de mai 2008, il croit toujours à « un autre Mai 68 ». Même s'il « sent aujourd'hui une absence de conscience de classe ».
Jean-François MARTIN.
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