Un jeune blanc ouvre les yeux sur le township
Denis Chevrier-Bosseau, élève anthropologue, a vécu un mois entier dans le township de Durban, en Afrique du Sud. Il présente ses images au Forum des droits de l'Homme, jusqu'à ce soir. Photo : Marc ROGER.
Le Forum des droits de l'Homme présente, à la Cité des Congrès, l'exposition photographique d'un jeune nantais. Il a passé un mois entier à Durban.
« L'ignorance est cruelle. » Dans le township de KwaMashu (Afrique du Sud), Denis Chevrier-Bosseau l'a constaté. Il est allé voir du côté de la face obscure de Durban. Il est devenu photographe là-bas, en cadrant la réalité vécue du township, le ghetto emblématique de l'ancienne politique d'apartheid. À l'origine du projet, un jeune homme généreux. Tellement généreux que les larmes lui montent aux yeux, simplement en racontant ce qu'il a vécu là-bas. « Je suis étudiant en anthropologie à Brighton, en Grande-Bretagne. J'ai voulu commencer ma vie d'un bon pas en allant voir comment les hommes vivent. »
Au-delà des caricatures
C'est à l'époque où Nantes et Durban lient des liens d'amitiés. La semaine de l'Afrique du Sud ouvre les yeux du jeune homme. Il se sent attiré par ce pays, comme il l'est aussi pour le Harlem des années 1920. « Aujourd'hui, dans le bouillonnement de la Renaissance Africaine, des gens ont voulu montrer que quelque chose de neuf peut émerger du township. »
C'est ainsi que Denis Chevrier-Bosseau rencontre les animateurs du centre culturel Ekhaya, au coeur du bidonville noir de KwaMashu, à Durban. Il va y passer un mois entier, dormant sur place, buvant un verre d'eau ou une bière avec les habitants.
« J'étais effrayé par tous les gens de Durban qui me disaient : n'y va pas, ne dors pas là-bas. Quel contraste avec la réalité ! Là-bas, les townships sont caricaturés, leurs gangsters et leurs dealers sont des personnages de téléfilms. Mais la réalité du ghetto est une tache noire autour des villes : ils sont surveillés, mais ignorés. Il y a bien sûr la version des élites et l'histoire vécue des townships écartés de la vie économique. Pour eux, l'apartheid n'est pas fini. »
« Ils sont l'Histoire »
En revanche, ils ne sont pas épargnés par la société de consommation, « qui les pilonne de pubs pour les produits de luxe, à grand renfort de panneaux géants. » Et même les jeunes guides des circuits touristiques « spécial grand frisson : traversez un tonwship en minibus blindé » ne peuvent pas montrer la vraie vie de ces ghettos.
Denis y est allé. Il montre les « shaks », les taudis des réfugiés. Il montre des familles souriantes devant leurs maisons gouvernementales, datant de l'apartheid. Il montre les signaux codés. Comme les deux tennis nouées et pendant à un fil électrique, qui signalent la présence d'un dealer.
Il a vu des familles souriantes, des gens « qui sont encore dans le passé de l'apartheid, et qui aimeraient le faire lâcher prise. Mais ils disent aussi : cette maison est encore ma maison. Même si le township n'a rien de naturel, il est devenu le leur, par leur souffrance et leur combat pour la démocratie. On dit qu'ils ignorent leur propre histoire. Mais ils sont l'histoire. Une histoire sans doute différente des manuels scolaires de la bonne société ».
Que dire d'autre, sinon que tout est admirable dans cette exposition : la pudeur du noir et blanc, la profonde amitié qui s'y trahit, la sincérité de celui qui s'y exprime ?
Daniel MORVAN.
Denis Chevrier-Bosseau, photographies, avec des poèmes d'Edmund Mhlongo. Grand hall de la Cité des Congrès, entrée libre jusqu'à ce jeudi soir (entrée avec badge délivré sans condition particulière à tout visiteur, à l'entrée de la Cité, rue de Valmy).
Ouest-France