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FC Nantes-Atlantique

Édition du lundi 21 mai 2007

Un soir, l'assaut donné à la bastille Dassault

Les supporteurs l'ont dit et crié : ils veulent que la direction du FCNA passe la main. Paroles entendues samedi à La Beaujoire.

« Bonne saison 2006-2007 » : cette pancarte dressée à l'entrée du public est, compte-tenu de la situation du FCNA, totalement surréelle. Il est 18 h samedi. Les spectateurs arrivent déjà, alléchés par le match de lever de rideau... et les fumets des marchands de frites. Laurence vient avec ses deux enfants. Cette Nantaise qui habite Toulouse a le coeur partagé. Mais son avis sur le club nantais ne l'est pas : « C'est dommage qu'un monument tombe. Ces dirigeants ne sont pas bons. »

Dominique, 45 ans, vient lui aussi avec ses mômes, de Pouzauges, en Vendée. Il est catégorique : « L'an prochain, je ne ferai pas 90 km pour un match de Ligue 2. » Hervé arrive de La Rochelle : « J'ai offert le dernier match de Ligue 1 du FC Nantes à ma fille Justine, pour son anniversaire. » Lui aussi ne reviendra pas.

Eddie « est dégoûté » de ce qui se passe. Ce stadier bénévole, approuvé par plusieurs compères, dénonce les dirigeants : « Ils ne se sont pas investis dans le club. » Même discours de la part d'une bande de sept copains nantais, qui grignotent leur saucisse-frites. Christophe et Jean-Noël ne sont pas tendres avec l'avionneur : « Lorsqu'un patron n'aime pas son usine, comment vous voulez que ça marche ? On a besoin de dirigeants qui aiment Nantes et pas seulement l'argent. »

« Barthez nous a blousés »

Les supporteurs fustigent des patrons « qui vendent les meilleurs joueurs et gardent les mauvais ». Anthony, chargé de la sécurité, est de cet avis. « Gripond a toujours le monopole du FC Nantes. Roussillon a fait beaucoup de promesses qu'il ne pouvait tenir. C'est malheureux. Il faut tout changer, reprendre les jeunes et confier le club : pourquoi pas à Desailly ? »

Les coups médiatiques ont déplu. « Barthez, il nous a blousés. Et Roussillon l'a recruté pour qu'on ferme notre g... Mais c'est pas de ça qu'on avait besoin. » Que faut-il faire maintenant ? « Reprendre Denoueix. » Cette demande revient souvent. Et « faire confiance aux jeunes d'ici ». Michel, un demi-siècle de soutien des Canaris au compteur, partage ce point de vue, tout en ajoutant : « La remontée, ça va être difficile. »

Robert, comme les sept copains de stade, se réabonnera. Ça ne sera pas le cas de Jean-Paul : « Ils joueront le vendredi et le lundi. Je travaille ces soirs-là. » Même posture de Claude, retraité cheminot : « Nantes-Gueugnon ou Nantes-Libourne, ça va être triste de voir ça dans des tribunes vides. » Tous pensent que l'hémorragie d'abonnements sera importante. « Mais s'ils font de beaux matches et sont bien classés, alors le public reviendra », conviennent-ils.

20 h. La manif anti-dirigeants, forte de mille membres, partie de l'arrêt Haluchère du tram, déferle. Robert Foucher, qui tient un bar-sandwicherie dans les allées, redoute une baisse d'activités importante lors de la saison prochaine. « La locomotive de Ligue 1 va disparaître. On va passer de 30 000 à 15 000 spectateurs, explique le président de l'association des 21 commerçants ambulants. La baisse du chiffre d'affaires va être importante. Et on sera obligés de nous séparer d'une partie du personnel. »

20 h 45. Le coup d'envoi du dernier match à domicile de Nantes en Ligue 1, face à Toulouse, est sifflé. Du côté de la tribune Loire, qui donne le ton, des calicots fleurissent, parmi lesquels : « Dassault rends les armes » ou « FCN Dassault m'a tuer ». Tandis que les « Roussillon démission » ne cessent de résonner dans le stade. Jusqu'à l'occupation pacifique de la pelouse, à 5 minutes de la fin du match, par les jeunes supporteurs de cette tribune turbulente.

Cette brève occupation est ponctuée par une salve d'applaudissements venue de tous les coins du stade. La foule, manifestement, soutient les insurgés. Certains joueurs aussi, d'évidence. Cet envahissement ressemble à un coup d'état symbolique du Tiers Etat du football. La prise de la bastille Dassault, minée par les mauvais résultats et une gestion calamiteuse, est facilitée par la bienveillance des stadiers. Après cette révolution du peuple footeux, l'avenir de l'Ancien régime paraît sombre...

Gaspard NORRITO.

 

Ouest-France

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