Édition du mercredi 03 septembre 2008
Une casquette, un palmarès, mais une image contrastée
C'est un homme du terroir à l'accent lyrique du Sud-Ouest. « Un authentique, parfois considéré comme un rustique, qui a en lui du sang de terrien. Quelqu'un d'attachant, de généreux, de souriant », selon Christophe Josse, l'un de ses compères sur Canal +, devenu au bout de dix ans l'un de ses amis. Un amoureux de la nature, propriétaire de chevaux de balade qu'il aime à « débourrer ». Il aurait d'ailleurs pu devenir bûcheron, charpentier ou garde forestier. Depuis 1994, il exerce en Première division. Il s'agit même du plus expérimenté des techniciens de Ligue 1 avec ses 542 matches. L'homme aux sept qualifications européennes sur les dix dernières années.
La reconnaissance du ventre
Ses histoires débutent en idylles avant de se finir en vaudeville. Les ruptures sont orageuses. Ironie du sort, c'est Michel Vernassa, alors président de l'AS Saint-Etienne, qui le premier, le lança en 1994, et le licencia en février 1996. Pour autant, Elie Baup lui conserve la reconnaissance du ventre, comme tous les présidents qui lui ont fait confiance. Rendu froid par la maturité, le nouvel entraîneur du FC Nantes confessait dernièrement qu'il n'en voulait à aucun président. L'inverse n'est pas vrai. « Je n'ai rien à dire. C'est de l'histoire ancienne, confesse par exemple Jean-Louis Triaud, boss des Girondins de Bordeaux. Il s'agit d'un monsieur avec lequel j'avais plutôt de bons rapports à titre personnel, mais vu comment l'histoire s'est terminée... » Le titre de champion de France obtenu en 1999 avec le carré magique (Micoud, Benarbia, Laslandes, Wiltord) semble loin. En mai dernier, la cour d'appel de Bordeaux a octroyé au natif de Saint-Gaudens 2,5millions d'euros de dommages et intérêts pour licenciement abusif.
Durant son séjour, Baup a notamment fait venir au Haillan Jean-Louis Garcia pour s'occuper du CFA avant de contribuer aussi à sa perte. « Le sujet ne m'intéresse pas », répond aujourd'hui poliment l'actuel coach d'Angers.
De la Gironde, Elie Baup a filé ensuite sur la Garonne où il est parvenu à la surprise générale à qualifier le club de son coeur, le Toulouse FC, pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions en 2007. Celui qui exerce encore en survêt les soirs de match, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'un soleil de plomb s'abatte sur sa casquette, en a payé le prix fort l'année suivante, en se faisant limoger un an avant le terme de son contrat malgré un maintien à l'ultime journée. « J'ai aimé cette façon de vivre et de sentir le foot, un peu à l'Argentine », se souvient Mauro Cetto, malgré cette saison chaotique. « Un adepte du 4-4-2 même si on a surtout utilisé le 4-3-3, capable d'imposer le respect. Si les joueurs adhèrent à son projet, Nantes aura fait un pas important pour s'en sortir. »
« Ce n'est pas lui qui va réveiller le jeu à la Nantaise, prévient Stéphane Lièvre, un autre de ses anciens défenseurs au TFC. À Toulouse, il a coupé le cordon ombilical. En revanche, il peut sortir le FCN d'où il se trouve et lui redonner de la stabilité. »
L'homme avant le joueur
Bon vivant, l'oeil malicieux, le successeur de Michel Der Zakarian est passé avec le temps maître dans l'art de dire les choses importantes avec légèreté. « Je veux agir sur l'homme pour avoir un meilleur joueur. C'est même devenu notre boulot principal. Lors de mes premières années d'entraîneur, l'étude analytique, purement technique, de l'entraînement, me prenait 80 % de mon temps, 20 % restant dévolus à la gestion humaine. Aujourd'hui, je pense que c'est du 50-50 » avouait en 2006 au bi-hebdomaire, France-Football, celui qui a formé Fabien Barthez à Toulouse, dirigé Laurent Blanc à Saint-Etienne et Pauleta à Bordeaux.
Le genre de discours à même de plaire à Waldemar Kita. « C'est Élie qui a été séduit par le président nantais » raconte Christophe Josse, qui s'est entretenu avec « son coach » une heure après sa signature au FCN. « Je l'ai senti hyperheureux, enthousiaste. Pour lui, Nantes, c'est gratifiant. Élie, c'est un passionné comme Kita. Je le sais capable de relancer un joueur comme Bagayoko. » Celui qui s'est inspiré d'Arrigo Sacchi, de Fabio Capello ou de l'ancien sélectionneur brésilien Carlos Alberto Parreira, que Christophe Josse compare un peu vite à Jean-Claude Suaudeau - « Il va plaire au public de la Jonelière » - ne fait pas l'unanimité auprès de la corporation.
On lui reproche d'exister à travers le moi et les médias, de rejoindre le vestiaire au rythme des autographes ou de s'asseoir sur des convictions au nom du contrat. « Tout ça, il l'a entendu. Il prend sur lui mais ça l'énerve », concède l'ami Josse. Une image cryptée.
Christophe DELACROIX.
Ouest-France