Édition du vendredi 09 février 2007
Une immersion dans 2 000 ans d'histoire
Marie-Hélène Jouzeau, directrice du château, explique comment la résidence d'Anne de Bretagne est devenue musée d'histoire de ville.
Comment avez-vous choisi les objets présentés ?
La sélection a été très difficile car nous disposons d'un fonds de 50 000 objets. Nous en avons choisi 850, en fonction de leur valeur de témoignage d'une activité humaine. Ces objets ont une valeur historique, et une valeur esthétique (comme les tableaux de Turner, ou les figures de proue). Ils viennent soutenir un discours historique sur l'histoire de la ville. Le château est le premier objet du musée. Il a un pouvoir d'évocation tel que nous avons renoncé à présenter certains objets pour éviter de masquer les volumes. Pour ne pas écraser le visiteur et conserver le pouvoir d'attraction du monument.
850 objets, cela ne se découvre pas en une seule visite ?
Vous pouvez suivre une visite générale d'une heure trente, qui donne les clefs de compréhension, à travers des pièces révélatrices en sept grandes séquences. Ce n'est pas une encyclopédie mais un parcours où l'on capte images et messages, conçu pour le visiteur pressé comme pour l'érudit. Chacun peut également suivre des visites thématiques.
Les périodes les plus lointaines sont aussi moins riches en objets. Comment avez-vous pris en compte cette densification ?
Nous sommes dans un patrimoine qui n'a jamais été ouvert au public. La visite commence par une immersion dans le château avec la muraille gallo-romaine, ce qui est un premier choc. Plus on avance plus le parcours s'enrichit, jusqu'au XVIIIe siècle et la traite négrière, où la scénographie s'est autorisé à gommer l'architecture. Ce parcours très rythmé s'achève avec la création vidéo de Pierrick Sorin, dans la 32e salle.
Vous affirmez vouloir mettre à distance la fascination de l'objet. Mais dans le cas du reliquaire du coeur d'Anne de Bretagne, comment échapper au fétichisme ?
Le reliquaire est mis à disposition du musée par le conseil général. Au musée Dobrée, il est objet magnifié comme pièce d'orfèvrerie exceptionnelle et comme évocation d'Anne de Bretagne. Ici, nous le présentons comme une pièce très fortement liée au château, lieu de naissance d'Anne de Bretagne et de son mariage avec le roi Louis XII. Il a été bâti par son père, elle l'achève. Et c'est enfin à Nantes qu'elle remet son coeur. Nous avons fait faire un film de 6 minutes qui raconte cette histoire. Anne de Bretagne est un personnage mythique : Duchesse à 11 ans, épouse de deux rois de France, reine de France à Blois. Pour autant, nous ne voulions pas faire un musée Anne de Bretagne. Le fétichisme est dangereux, il permet tous les amalgames et les anachronismes. L'histoire est une science qu'on n'écrit pas avec des symboles ou des fétiches.
Ouest-France