Édition du dimanche 01 juillet 2007
À Nantes, l'éléphant cornaque le flux touristique
Au coeur de l'île de Nantes, le pachyderme mécanique renouvelle l'imaginaire poétique de la ville. Et devient une nouvelle attraction touristique.
Il ne transporte que 35 passagers à chacun de ses voyages, mais l'éléphant mécanique qui déambule ce week-end sur l'île de Nantes est un gros-porteur. Premier spécimen d'un impressionnant bestiaire fantastique « néo-vernien », l'animal est une pièce maîtresse d'un puzzle à la croisée du tourisme, de la culture, de l'imaginaire et du patrimoine. Conçu sur les friches des anciens chantiers navals par le dessinateur François Delarozière et l'homme de spectacle Pierre Orefice, 150 constructeurs et soixante-trois entreprises partenaires, le pachyderme de 12 mètres de haut, mu par un moteur de 450 chevaux, est une des « Machines de l'île ». Avec le luminaire des grands fonds (une espèce de baudroie préhistorique aux mâchoires acérées), le calamar à rétropropulsion, la raie manta... ou encore l'arbre aux hérons qui va déployer ses immenses branches d'acier végétalisées à plus de vingt mètres de hauteur dès 2011, il compose l'étonnant parc d'attractions qui se déploie au coeur de Nantes. Parc d'attractions ? On est loin ici de Disneyland, d'Astérix, de Vulcania, du Futuroscope et du Puy-du-Fou vendéen qui comptabilisait 825 000 entrées en 2006. « C'est un projet à la confluence de l'aménagement urbain, du développement touristique et culturel dont participe la biennale d'art contemporain Estuaire et la réouverture du château des Ducs avec sa nouvelle muséographie », signalent d'emblée les différents opérateurs institutionnels, qui financent à hauteur de 5,05 millions d'euros la première phase de construction. « Chaque projet interagit et transforme progressivement l'espace public et donne sens au projet urbain », renchérit le député-maire Jean-Marc Ayrault, convaincu de longue date que la culture est un outil de développement économique. De là, l'idée non pas d'un parc d'attractions fermé mais d'un espace protéiforme au coeur de la ville. 337 hectares où les cafés branchés, l'habitat social, l'art contemporain, la mémoire des lieux, les entreprises... tissent un réseau ouvert. « On n'est pas ici dans un enclos, note François Delarozière. Tout le monde peut voir l'éléphant, circuler en toute liberté sur l'île » et visiter ensuite, pour une somme modique, les nefs où naissent ces étranges créatures mécaniques. Ou voyager à dos d'animal barrissant, sur les quais (6 € le voyage, tout comme la visite de la galerie). Avec le pachyderme et ses congénères, Nantes entend bien rattraper son déficit touristique et s'afficher comme une destination incontournable pour les tour-opérateurs européens dans le circuit des châteaux de la Loire. « Sauf que des châteaux en France, il y en a 500, mais des villes avec un château et un éléphant comme celui-là, il n'y en a qu'une » souligne-t-on du côté de l'office de tourisme. Il est encore trop tôt pour que les chiffres donnent raison aux responsables du tourisme local. « On table sur une croissance harmonieuse du tourisme de 5 à 6 % par an, soit 200 000 visiteurs annuels de plus. » Un objectif modeste quand on sait que depuis sa réouverture, il y a cinq mois, le château des Ducs a accueilli plus de 560 000 visiteurs. Et que l'image de l'éléphant au coeur de la ville a déjà fait le tour de tous les écrans hexagonaux... jusqu'à séduire les groupes de touristes japonais de passage.
Yves AUMONT.
Ouest-France