À Nantes, mai 68 commence en 1967 !
Dans les locaux de l'Agen... : Photos : collection particulière.
À Nantes, mai 1968 commence bien avant ce mois clé. À l'université, des étudiants ont ouvert le bal dès avril 1967...
Retrouvez ici notre dossier spécial sur mai 68 à Nantes
À Nantes, mai 68 commence dès avril 1967, du côté de l'université notamment, alors reléguée au nord de la ville, à l'étroit dans ses locaux. C'est là qu'une nouvelle génération étudiante s'agite et donne le ton.
En avance sur le printemps parisien, une bande de copains décide en effet de s'emparer du bureau de l'Association générale des étudiants nantais (Agen-Unef). Le 6 mai 1967, c'est fait : un groupe proche des situationnistes, qui s'inscrit aussi dans la mouvance anarcho-syndicaliste, prend le pouvoir et commence à entretenir une agitation permanente.
Première mesure : la dissolution du bureau d'aide psychologique universitaire (Bapu), considéré comme un instrument de contrôle sur les jeunes. Dans la foulée, la nouvelle équipe s'empare de toutes les structures étudiantes puis appelle à manifester contre la suppression de nombreuses bourses.
Le 13 décembre 1967, des étudiants rejoignent ainsi la CGT et de la CFDT qui défilent pour l'emploi. Le lendemain, les jeunes perturbent un bal donné par l'administration dans une cité universitaire, qu'ils occupent toute la nuit. C'est une première à Nantes. Le 18, rebelote, dans une cité de filles cette fois.
Rêve-olution
Il faut ensuite attendre le mois de janvier 1968, marqué par une manifestation ouvrière contre la réforme de la sécurité sociale, instituée par les ordonnances de 1967. Le 23, des étudiantes se rappellent au bon souvenir de tous, en réoccupant une cité universitaire.
Le 14 février, les choses sérieuses commencent : 1 500 étudiants défilent avec des drapeaux rouges et des drapeaux noirs en chantant l'Internationale, en direction du rectorat. Là, le bureau du recteur est pris d'assaut mais la police arrive en renfort et matraque les jeunes gens, dans le dos, alors qu'ils fuient.
Les mois qui suivent sont plus calmes, entre discussions, débats d'idées, amphis bondés où l'on parle de « Rêve-olution »... Mais la nervosité reste vive chez les ouvriers et les paysans. C'est le moment que choisit le préfet Vié pour porter plainte contre les « insultes » proférées dans un tract distribué après l'occupation du rectorat.
À sa demande, le conseil général de Loire-Atlantique retire aussi à l'Agen-Unef sa subvention annuelle. Début mai, les étudiants nantais sont ainsi mobilisés et la grève, largement engagée à l'université de Nantes. Avec, en plus des mots d'ordre nationaux, des revendications locales. Conséquence directe sur le pavé nantais : le 8 mai, les étudiants rejoignent les ouvriers qui manifestent avec les agriculteurs. C'est le début d'un mouvement fort, et inédit, jusqu'aux législatives du 23 juin...
S.G.
Presse-Océan