L'église de la Madeleine rate la reconversion
Pour certains experts, l'église mériterait de bénéficier d'une conservation, voire d'une reconversion.
Jugée inadaptée et dangereuse, l'église Sainte-Madeleine, phénomène de l'architecture des années 50, sera détruite. Au grand dam de certains experts.
« La construction de cette église en plein centre ouvrier est une oeuvre grande et belle dont la postérité nous saura gré », affirmait Monseigneur Villepelet en consacrant l'église en 1953. Le sort en aura voulu autrement. Depuis une dizaine d'années, le diocèse, en relation avec la municipalité, a pris la décision de construire un nouveau lieu de culte, à quelques mètres de là. Le nouveau bâtiment devrait être livré pour décembre 2009. « L'église actuelle est inchauffable. L'hiver, la température est intenable. Sans compter que les jours de pluie, il pleut autant à l'intérieur qu'à l'extérieur », raconte le père Henri, ancien prêtre de l'église. Pourtant, Il y a foule ce dimanche pour la messe de l'église Sainte-Madeleine sur l'île de Nantes. « La Madeleine fait permanence pour les offices au mois d'août », explique l'un des fidèles, venu du centre-ville et étonné par la taille du lieu de culte : « Nous n'avons pas l'habitude de voir des églises si modernes et si monumentales. » De fait, l'église Sainte Madeleine, située boulevard Gustave-Roch, a été construite de 1952 à 1954. Une époque où le quartier industriel de l'île de Nantes était en plein développement. Mais la plupart des fidèles actuels ne sont pas tellement touchés par la disparition de cette église. « L'important est d'avoir un nouveau lieu, où l'esprit de Sainte-Madeleine soit conservée », témoigne France.« Un monument unique »Mais quid du bâtiment actuel ? Il sera détruit début 2010. Une centaine de logements sociaux, des espaces verts et un nouveau chemin piéton viendront s'installer sur cet espace municipal, fait-on savoir du côté de la Samoa, la société d'économie mixte qui agit pour le compte de Nantes métropole sur l'île de Nantes.Mais cette décision fait grincer des dents. « C'est un monument unique à Nantes. Tout est en béton armé. La structure porteuse en arbalétrier, la rampe d'escalier ovoïde, le chemin de croix presque abstrait, autant d'éléments typiques de l'architecture des années 50. On est dans la lignée d'Auguste Perret, pape du béton armé et auteur de nombreux bâtiments du Havre », explique un spécialiste des églises du XXe siècle sur Nantes. Pour cet expert, la monumentalité du lieu et ses partis pris architecturaux en font « le produit le plus abouti de cette époque à Nantes. »Un constat que ne partage pas la conservation régionale des monuments historiques, organisme habilité à proposer le label XXe siècle pour les bâtiments ayant une valeur historique indiscutable. « Il y a bien d'autres choses plus intéressantes sur Nantes que Sainte-Madeleine », explique l'un des responsables de l'organisme, à l'origine de la labellisation de l'église Saint-Luc ou la cité du Grand-Clos à Nantes.Pas de reconversionL'église de la Madeleine semble cependant être un exemple symptomatique du débat entre conservation et substitution du patrimoine de l'île de Nantes. « On met en avant le château et la cathédrale au détriment de ce qui fait la structure des quartiers. La reconversion est toujours plus intéressante que la démolition », regrette Gilles Bienvenu, architecte et professeur en histoire et cultures architecturales à Nantes. Du côté de la ville de Nantes, Noël Lépine, directeur du service de l'urbanisme, estime que Sainte-Madeleine n'a pas vocation à être conservée : « On ne peut pas conserver un lieu sans lui donner un usage. Or, la typologie de l'église et la situation démographique du quartier empêchent d'imaginer une reconversion de ce bâtiment. » Mince consolation pour les défenseurs de l'église, des éléments jugés intéressants, comme les vitraux, seront conservés.Ironie du sort, l'église de la Madeleine est installée sur l'île de Nantes. Un espace où depuis les années 90, le recyclage des anciens bâtiments industriels tourne à plein régime. Même si certains professionnels n'apprécient pas les récentes réalisations. « Les nefs Dubigeon, le Hangar à banane · Des attractions foraines, sous le sceau d'une certaine idée de la culture. C'est du patrimoine spectacle ! », regrette le professeur Gilles Bienvenu. Antoine KREMPF.
Ouest-France