Les femmes victimes de violences se reconstruisent par le travail
Isabelle Renou, conseillère en insertion professionnelle et Nicole Karouit, directrice de la Maison de l'emploi de Rezé.
A Rezé, la Maison de l'emploi accompagne les femmes victimes de violence dans leur recherche professionnelle. L'an dernier, 125 personnes ont franchi la porte de la structure.
Les femmes victimes de violences familiales (conjugales et filiales) peuvent être accompagnées dans leur démarche pour retrouver un emploi. Initiée en 2002 par Nicole Pery, alors secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, la plateforme expérimentale créée sur trois sites (Brest, Sénart et Nantes) s'est concrétisée depuis deux ans au sein de la Maison de l'emploi de Rezé. Un parcours douloureuxL'an passé, 125 femmes âgées de 19 à 56 ans ont, ainsi, franchi la porte de la structure. Accueillies pour la moitié dans des foyers d'hébergement à Nantes, les trois quarts ont des enfants à charge. Ces femmes -dont le tiers vient d'autres régions de France- ont toutes un parcours extrêmement douloureux. Victimes de violences de la part de leurs conjoints, elles sont confrontées à de multiples freins pour se « réinsérer » dans un milieu professionnel. Faible niveau de qualification, peu de mobilité, difficultés pour faire garder leurs enfants, frappées par le chômage longue durée et bénéficiant de faibles moyens financiers -25 % d'entre elles sont au RMI (Revenu minimum d'insertion) ou touchent l'API (Allocation de parent isolé) mais 75 % n'ont aucune ressource- les écueils, nombreux, rendent le retour à la vie professionnelle difficile. Mais les choses évoluent. « Le délai entre leur arrivée en foyer et leur visite à la Maison de l'emploi est de plus en plus court constate Isabelle Renou, conseillère en insertion professionnelle. Quand elles quittent le domicile conjugal, elles se démènent pour trouver un logement, un emploi ou une formation ». « Retrouver confiance en elles »La majorité d'entre elles n'a pas travaillé depuis près de 4 ans et les efforts à fournir sont considérables. « Elles doivent retrouver confiance en elles, apprendre à se repérer ». Entretiens individuels réguliers, rédaction de CV et de lettres de motivation, les démarches s'effe 8ctuent progressivement. L'accompagnement, d'une durée moyenne de deux ans, tient également compte des facteurs psychologiques : la peur d'être seules, l'envie de retourner au domicile conjugal... « Peu à peu, elles comprennent le lien entre la recherche d'emploi et la violence subie et leurs difficultés à dire non dans ces deux domaines poursuit Isabelle Renou. On retrouve des situations fréquentes de harcèlement moral ou sexuel en milieu professionnel ».Projets en communEn 2007, 60 % des femmes accompagnées dans leur recherche ont vu celle-ci aboutir à un emploi, une formation ou un stage dans des secteurs de service : ménage chez les particuliers, aide à domicile, nettoyage de bureaux. Du côté des professionnels, des groupes de suivi animés par le CIDF (Centre d'information du droit des femmes), se déroulent régulièrement pour travailler notamment sur des projets en commun. Les actions de réinsertion des femmes victimes de violences familiales sont financées par le Conseil général, Nantes Métropole et le Fonds social européen. Françoise Refloc'hMaison de l'emploi, 8 rue Jean-Baptiste-Vigier, 44400 Rezé. 02 51 70 32 17.
Presse-Océan