Viol : malaise aux assises de Nantes
1er jour de procès pour Koffi Fayosse, jugé pour viol et agressions sexuelles. Face aux victimes, bouleversées, l'accusé, nébuleux, conteste les faits.
« Avez-vous des excuses pour vos victimes ? » Dans le box des accusés, Koffi Fayosse semble reculer. « Je ne peux pas répondre. Je donne tout à Dieu. » Malaise à la cour d'assises de Nantes. Le témoignage de Brigitte, flageolante sur ses béquilles, plane encore sur l'assemblée. Brigitte qui a raconté, d'une voix de fantôme, sa nuit de cauchemar. Mai 2005. Brigitte, 54 ans, rencontre Koffi Fayosse sur un banc. D'origine togolaise, ce musicien de 52 ans, connu sous le nom de Bonaventure, est arrivé à Nantes fin 2003. Il est SDF, chante et fait la manche. Brigitte et Koffi parlent un peu et puis elle rentre chez elle. Il frappe à sa porte « pour continuer à parler. » Elle le laisse entrer. Dépressive, physiquement affaiblie, Brigitte, qui a pris deux somnifères, n'a pas la force de le repousser quand, à son insu, il se couche nu dans son lit. « Il m'a forcée à avoir un rapport sexuel. Je me débattais, je ne voulais pas. » Koffi Fayosse conteste : « Elle m'a dit oui. »Mai 2005 toujours. Mary-Paule, 45 ans, rencontre le musicien qui vit dehors, sur les bords de l'Erdre, à deux pas de chez elle. Elle lui parle régulièrement, lui donne un peu d'argent. Il lui fait des avances, qu'elle repousse. Il sonne souvent à l'interphone. Un soir, « de guerre lasse et parce qu'il pleut », elle accepte qu'il monte partager un repas chaud. Il veut l'étreindre, elle refuse. Il s'exhibe, elle le repousse. « Lui si calme est devenu très en colère. Ce n'était plus la même personne. Il m'a insultée, a verrouillé la porte. » Mary-Paule parvient à s'emparer d'un trousseau de clés et sort sur le palier. Au petit matin, Koffi Fayosse consent à partir. Mais reviendra harceler Mary-Paule.« Je suis foutue, je vais y passer »Juillet 2005. Françoise, 61 ans, héberge le musicien. « C'était la mascotte du quartier. Il était très correct, ne faisait pas SDF. Je trouvais normal de l'aider. » Françoise craque en racontant l'agression sexuelle qui suivra. Sa voix chavire et les larmes coulent, à vif. « Quand il m'a coincée par terre, j'ai pensé je suis foutue, je vais y passer. » Koffi Fayosse affirme, lui, qu'ils ont fait l'amour. Les violences ? Il lui a « donné deux gifles, c'est tout. » Françoise a réussi à échapper à son agresseur en appelant à l'aide. Mais n'a pas échappé aux violences : une côte cassée, le visage bleu de coups. Face au tribunal, l'accusé hésite, s'arrête tout net de parler ou évoque les esprits de ses ancêtres « qui viennent le déranger ». Des explications, il n'en donnera pas. Son frère dit qu'il a changé « depuis qu'il a touché à la cocaïne ». L'expert psychiatrique parle de schizophrénie naissante. Verdict aujourd'hui.Isabelle MOREAU.
Ouest-France