À Nantes, mystères autour de la loge désertée
Elle avait glissé 30 000 € à deux sans-abri pour supprimer son mari. Elle dort en prison, les agresseurs aussi. Dans l'immeuble privé de gardiens, les questions tourmentent les étages.
L'agression. Tous les ingrédients d'une série B à la sauce polar, dans un décor de petite vie tranquille. Depuis jeudi, le paisible boulevard des Anglais, à Nantes, découvre avec une consternation effarée le drame qui s'est noué sous ses pieds. Un peu avant 16 h, ce jour-là, le gardien était descendu dans la cave du numéro 22. Sa femme avait remarqué une fuite d'eau et des lumières défectueuses à changer. Alors qu'il répare une ampoule, deux hommes lui tombent dessus. Le premier le maîtrise, l'autre lui inflige de très sérieux coups de couteau. En pleine tête, dans le cou, sur une main. Le blessé s'effondre, ses agresseurs prennent la fuite avec son jeu de clefs. L'homme trouve d'invraisemblables ressources pour regagner sa loge. « Appelle les pompiers », souffle-t-il à sa femme avant de perdre connaissance.
Les tueurs à gage. C'est elle qui donne le coup de fil salvateur. Un comble, puisque c'est elle aussi qui avait payé les tueurs au couteau. C'est du moins ce qu'elle aurait expliqué aux policiers, au cours de son audition, le lendemain du drame. Elle a donné des détails, dit-on : ce jeudi-là, en début d'après-midi, elle avait filé place du Commerce pour recruter deux sans-abri d'une trentaine d'années. Des caméras de surveillance ont filmé la scène. Elle leur explique qu'elle veut récupérer l'enveloppe de l'assurance-vie. Soit 50 000 €. Elle en promet 30 000 € à ses hommes de mains. Sur ce, elle regagne fissa la résidence et bidouille dans la cave du 22 pour faire croire à une panne. Ne reste plus qu'à y envoyer son mari. Et à donner le feu vert aux agresseurs.
Le flair de la Criminelle. Le coup du vol des clefs ne plaît pas à la brigade criminelle de Nantes. Plusieurs détails clochent dans le scénario. Sur la foi d'un témoignage ténu (quelqu'un aurait-il vu madame en pleins préparatifs ?), ils décident de vérifier l'invraisemblable. Lequel se voit confirmé, ô stupeur, après deux jours de travail incessant. Vendredi, tout le monde était en garde à vue. Et dimanche, la concierge était mise en examen pour complicité de tentative d'assassinat. Ses deux complices présumés pour tentative d'assassinat. Tous les trois ont été placés en détention provisoire.
Des gens gentils et tranquilles. Monsieur et madame avaient pris la loge il y a presque deux ans. Dans cette résidence privée constituée de onze cages d'escaliers, le couple de gardiens s'occupait de l'entretien. « Et ils faisaient ça très bien », tranchent les nombreux habitants rencontrés ces jours-ci. « J'avais beaucoup de sympathie pour eux, ils avaient à coeur de tout embellir », glisse une dame, totalement abasourdie. « Lui, c'est vraiment le bon bonhomme. On parlait foot, souvent. Elle, elleétait sympa aussi, soupèse un retraité. Ils vivaient là tous les deux avec leur fils d'une dizaine d'années, un petit garçon discret. Ils ont trois autres enfants. »
Un assassinat pour 20 000 € ? Bien des mystères subsistent autour de ce scénario inattendu. L'assassinat était-il prémédité, préparé de longue date ? Y a-t-il eu des essais précédents ? Et le mobile tient-il tout entier dans ces 20 000 € escomptés de l'assurance-vie, un gain somme toute bien dérisoire ? Un amant se cache-t-il quelque part dans le tableau ? Cette dernière supposition laisse tout le monde perplexe : « Elle, elle était dans sa loge du matin au soir. » Le couple était-il en froid ? « Il ne semblait pas, répondent à l'unisson la plupart des voisins. Ils ne se disputaient jamais. » Reste que personne ne sait grand-chose sur leur vie d'avant la loge. Lui a confié qu'il tenait une épicerie, avant, dans le Nord. « Il m'a dit qu'il venait de Boulogne, ajoute un autre résident. Mais c'est tout. Rien de plus, et pourtant on causait souvent. Étrange. »
Agnès CLERMONT.
Ouest-France