Édition du mercredi 16 avril 2008
Gueben Makiese, du Camp des Loges au Moulin Boisseau
C'est l'histoire banale d'un jeune prometteur débarqué dans un centre de formation. Un joueur parmi tant d'autres. Enfant de Kinshasa, né en 1983, le petit Gueben pose les pieds sur le sol français un an plus tard. Au gré des pérégrinations familiales, le voilà citoyen du « 9-3 » à Montfermeil, puis joueur dans le « 7-8 » à Limetz ou Porcheville. Avant de mettre le cap sur le Camp des Loges en 1999. « Je suis arrivé avec une maladie de croissance aux genoux. » Le maillot siglé de la tour Eiffel, Gueben Makiese le portera une saison et demie. Nulle trace de nom ronflant dans sa promotion. Modeste carrière pour les uns du côté de Châteauroux, honnête destin amateur pour les autres.
Après le PSG, Gueben Makiese signe à La Roche-sur-Yon, où il évolue avec les 18 ans Nationaux. En Vendée, son colocataire a pour nom Éloge Enza Yamissi, qui évolue aujourd'hui à Troyes. C'est sans rancoeur qu'il tire un trait sur une carrière professionnelle, même s'il consent avoir beaucoup appris techniquement et tactiquement dans la capitale. Depuis trois saisons, il a enfilé la tunique carquefolienne. « Je ne regrette rien. C'est un bonheur de jouer en CFA 2. Surtout avec un coach comme Denis, un entraîneur professionnel dans un monde amateur. » Une-deux du technicien carquefolien : « Gueben, c'est un super mec. Il est gentil, humain, cérébral. Il sait bien ce que je pense de lui. On peut parfois avoir le sentiment qu'il manque de caractère, mais ce n'est pas ça. »
Scarface et Gladiator
Nulle trace d'amertume donc. Le bonhomme serait plutôt discret, tranquille et casanier. « C'est sûr, je suis plus réservé qu'Alban (Joinel) ou Badgad (Sehla). J'aime rester à la maison avec ma copine, regarder des DVD, aller au resto, au cinéma. » Scarface et Gladiator figurent à une place de choix dans sa vidéothèque. Gueben semble comblé, mais l'apparence est trompeuse. Lui qui n'a jamais remis les pieds au Congo depuis qu'il a quitté sa terre natale, s'est promis d'y retourner l'année prochaine avec ses frères, dont l'un évolue sous les ordres de Claude Puel, au LOSC. « Ça me manque. Je veux connaître la terre de mes grands-parents. »
Il répondra à l'appel de l'Afrique, de ses racines, en emportant dans ses bagages des souvenirs éternels. Une victoire historique face à l'Olympique de Marseille, dont son joueur fétiche, Didier Drogba, fut l'un des porte-étendards. « On appréhendait l'entrée dans le stade car nous ne sommes pas habitués. La Beaujoire est l'un des beaux plus stades de France. Je revois cette image d'Idrissa (N'Doye) qui garde le ballon sur le côté à quelques secondes de la fin. Tactiquement, ce fut un match très accompli. » Et voilà que « son » PSG lui donne rendez-vous. « Je suis Parisien. Je supporte le PSG, même dans les moments difficiles. J'ai souvenir de quelques PSG-OM et même de PSG-Nantes au Parc des Princes. »
Ce n'est pas dans l'enceinte de béton parisienne qu'il met son histoire en musique, mais sur les pelouses du Moulin Boiseau, où il exerce sa profession d'éducateur pour l'USJA, « dans un environnement sain et avec des gens très corrects. » Sans fausse note. Et avec un air de Chris Brown, chanteur de R'n'B dans la tête. Ou de Vanessa Paradis,dont le dernier opus, Divine Idylle, sonne comme une ode à l'aventure carquefolienne en Coupe de France.
Loïc FOLLIOT.
Ouest-France