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L'étiquette des bouteilles d'eau au format affiche.
L'étiquette des bouteilles d'eau au format affiche.
Édition du vendredi 17 août 2007

Grand Café : le message ne coule pas de source

Au Grand Café, une artiste met le doigt sur l'inégalité criante d'accès à l'eau. Mais le message n'est pas clair comme de l'eau de roche.

Vouloir dénoncer par un geste artistique fort la criante injustice que constitue l'inégalité de l'accès à l'eau potable pour une grande partie des populations du monde est plus que légitime : nécessaire. Urgent. Citoyen ! Et on ne saurait mettre en cause la sincérité de la démarche de l'artiste mexicaine Minerva Cuevas, présente au Grand Café dans le cadre d'Estuaire 2007 avec un stock insolite de petites bouteilles d'eau minérale que le visiteur emporte en sortant. La seule différence tient à l'étiquette sur laquelle le nom de la marque, tout en respectant le graphisme, la couleur et la mise en page que tout le monde connaît, a été remplacé par le mot Égalité.

Ce détournement, nous dit-on, entend poser « avec subtilité » la question du partage de l'eau potable sur la planète. Avec subtilité, c'est possible. Avec pertinence, c'est moins sûr. Car le message ainsi distillé n'est pas clair comme de l'eau de roche.

On estime généralement que plus d'un milliard de personnes au niveau mondial souffrent d'un déficit en eau potable et l'eau en bouteille - tous les experts sont au moins d'accord là-dessus - ne semble pas la solution la plus appropriée pour, sinon résoudre, du moins améliorer la situation. Tout particulièrement la bouteille plastique, la plus répandue, grosse consommatrice en énergie, autant pour sa fabrication que son élimination. Pas plus que le choix de la marque, filiale d'une importante multinationale alimentaire, l'une des eaux minérales les plus chères de la concurrence et qui, longtemps, n'a été vendue qu'en pharmacie.

Ressource naturelle indispensable à la vie, l'eau coule aujourd'hui de plus en plus sous le contrôle du marché, y compris maintenant dans les pays pauvres où elle est rare, aggravant ainsi encore un peu plus les inégalités d'accès. Et donc la misère.

Lors de la visite, le guide glisse que la firme en question a été mise devant le fait accompli. Que Minerva Cuevas ne lui a pas demandé d'autorisation préalable pour réaliser son « oeuvre ». Elle a néanmoins laissé faire. Consciente sans doute que cette représentation pouvait amener un débit supplémentaire à son moulin à profits. Que la confusion, pour ne pas dire la contradiction, entre le discours et l'objet symbolique retenu par l'artiste, loin de nuire à son image, était à même de lui apporter un surcroît de notoriété. Quand l'une détourne, l'autre récupère.

Pierre BIGOT.

Ouest-France

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