Édition du mercredi 20 août 2008
24 heures dans la peau d'un lofteur
Mis à l'écart du groupe professionnel, les lofteurs continuent malgré tout de s'entraîner. Un quotidien très particulier qui prendra fin le 31 août.
11h11. Hier matin, à la Jonelière, les joueurs de Michel Der Zakarian en terminent avec la première de leurs deux séances quotidiennes. Faty, Da Rocha, De Freitas et les autres rentrent tranquillement aux vestiaires, dans une ambiance collégiale, détendue.
11h16. Les 18 joueurs présents aujourd'hui sont désormais sous la douche mais Vincent Rautureau, deuxième entraîneur adjoint, s'active encore sur le terrain en disposant des dizaines de plots ça et là. Dans l'indifférence la plus totale, ce dernier prépare le troisième entraînement de la journée. Un peu moins fréquenté celui-ci.
14h02. Karim El-Mourabet arrive à la Jonelière, suivi quelques minutes après par son désormais plus fidèle allié Olivier Thomas. Les personae non gratae de la maison jaune sont entre les murs, à l'heure où leurs coéquipiers sortent du repas pris, ensemble, à la cantine. C'est un peu leur quotidien depuis un mois et demi : être là quand les autres ne sont pas là, et vice-versa.
14h30. Vincent Rautureau prend la tête du mini cortège du jour (El-Mourabet, Thomas et Heinz) direction le terrain d'entraînement.
14h46. Fin du footing d'échauffement. Les 3 élèves écoutent alors les consignes de Maître Rautureau qui leur explique le circuit de souffrance qu'il a spécialement concocté pour eux le matin même. « De ce plot ci jusqu'au plot là-bas en 15 secondes ! On enchaîne les ateliers de dribble, de frappe et les courses. C'est parti pour des blocs de 8 minutes, allez en place ! »
16h12. Après plusieurs séries du circuit technico-physique et un tennis-ballon, les lofteurs rentrent aux vestiaires et ont donc terminé leur journée de travail. Il est temps, car leurs collègues ne vont pas tarder à arriver...
Le pire moment de ma vie
Voilà le triste programme des lofteurs de la Jonelière depuis bientôt deux mois. Tenus à l'écart, pour des raisons aussi floues qu'incompréhensibles, Olivier Thomas, Karim El Mourabet et d'autres intermittents (Éric Cubilier, Marek Heinz, Khassimiour Diop) continuent malgré tout de s'entraîner. « On se doit d'avoir une bonne condition physique, justifie Olivier Thomas, d'abord parce que c'est notre métier et puis nous serons sûrement amenés à relever d'autres challenges. Il faut que nous soyons prêts. »
Étrangement, c'est l'optimisme qui règne en maître dans l'esprit du défenseur nantais. « Nous ne devons pas nous placer en victime. C'est sûr, c'est très difficile à accepter, mais il faut savoir tirer le meilleur de cette situation. Personnellement, je peux passer plus de temps avec ma famille. » Pareil pour son compagnon d'infortune, Karim El Mourabet, qui malgré sa jeunesse, a pris beaucoup de recul. « Il ne faut pas prendre les choses à coeur, tomber dans la fatalité. C'est sûr qu'après avoir vécu ça, je me dis qu'il ne peut rien m'arriver de pire, à part une grave blessure bien sûr. Mais la vie est longue, la roue tourne. Regardez Jean-Jacques Pierre ! Il y a 2 ans, il était dans ma situation, aujourd'hui : il est capitaine... »
Chapeau Rautureau !
Les deux hommes le confessent, ce quotidien n'est toutefois pas toujours rose. « Il faut avouer que parfois, on traîne un peu des pieds, avoue El Mourabet. Mais on est très vite remotivé par Vincent (Rautureau). Ce mec est génial ! C'est une vraie belle rencontre pour moi... » Le nouvel élément du staff nantais, arrivé cette saison avec l'indispensable DEPF pour s'occuper des « indésirables », est en effet le moteur de ce petit monde. Il confère au loft son principal intérêt et son enthousiasme s'est rapidement avéré être l'âme du groupe. « Parfois, je me suis retrouvé tout seul, poursuit le jeune défenseur franco-marocain, et Vincent m'a vraiment aidé en me parlant, en m'écoutant. Je lui tire mon chapeau parce que ce qu'il fait pour nous c'est grand. »
Composer une séance quotidienne avec 2 à 3 joueurs professionnels seulement est effectivement une chose peu aisée. « On s'adapte », se contente d'expliquer l'intéressé qui ne peut malheureusement en dire plus. Il y aurait pourtant des commentaires à faire sur cette situation très étrange. Pourquoi, tout simplement, ne pas intégrer ces quelques éléments aux groupes de Michel Der Zakarian ? Dans son contexte à pression de « promu pas comme les autres », le FC Nantes a vraiment besoin de plus de simplicité. C'est en tout cas une valeur qui avait pour coutume d'habiller les Canaris autrefois. Les temps changent, le FC Nantes aussi.
Alexis BERNARD.
Ouest-France