Dossier spécial

FC Nantes

Édition du vendredi 18 janvier 2008

Faé : « Quatre heures pour faire cinq kilomètres »

À l'occasion de la CAN (1), nous vous proposons un éclairage sur le continent africain avec des Nantais.

« La Côte d'Ivoire, j'y allais étant jeune, mais pas suffisamment pour en conserver de souvenirs précis. Puis, à l'âge de 15 ans, juste avant d'intégrer le centre de formation du FC Nantes, je suis retourné à Abidjan. J'en ai profité pour rendre visite à mes grands-parents, au village de Soumahé, à l'ouest de la capitale. Depuis que je suis international, je retourne chaque été au pays et je séjourne à Abidjan. Je ne connais pas grand-chose d'autre en Côte d'Ivoire, mais on m'a dit beaucoup de bien du pays. Plus tard, j'irai à sa découverte. Il n'y a pas le feu. Aujourd'hui, quand je rentre, je préfère me reposer. Ce qui me frappe dans la capitale économique, c'est l'ambiance. Malgré les nombreuses tensions ces dernières années, les gens ont le sourire, la joie de vivre, comme si la vie était belle.

J'ai opté pour la sélection ivoirienne (Emerse Faé a été champion du monde des moins de 17 ans avec l'équipe de France en 2001 N.D.L.R.). C'est un choix à la fois sportif et humain. Il y a bien sûr le côté sentimental, mais je savais aussi que j'allais progresser plus vite. Disons que le coeur et mes racines africaines ont parlé... En raison de la qualité des infrastructures, on ne peut pas comparer l'Afrique et l'Europe. Mais, qualitativement, le football africain a fait dix pas en avant. Le meilleur reste à venir. À ce titre, l'organisation de la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud ne peut être que bénéfique. C'est un signe de progrès. Comme quoi, l'Afrique avance si on lui fait confiance...

Plusieurs équipes postulent à la victoire finale au Ghana. Le pays organisateur, le Cameroun, l'Égypte, le Maroc qui revient bien, le Mali qui veut se racheter et la Côte d'Ivoire. Le plus important, c'est d'obtenir des titres pour valider les commentaires élogieux qu'on peut faire sur notre sélection. Le départ précipité de notre sélectionneur (l'Allemand Ulie Stielike a quitté ses joueurs pour se rendre au chevet de son fils, gravement malade N.D.L.R.) nous fait mal. On compatit. On est de tout coeur avec lui et on va essayer de gagner pour lui. C'est un homme respecté. Sa carrière parle pour lui et il nous a notamment appris une certaine rigueur.

Le premier souvenir qui me vient à l'esprit quand on évoque l'équipe de Côte d'Ivoire, c'est notre retour à Abidjan après la finale de la CAN 2006 en Égypte. On a reçu un accueil triomphal, malgré notre défaite en finale face à l'Égypte. Notre bus, après avoir quitté l'aéroport a mis quatre heures pour faire cinq kilomètres. Je pense que dans les pays d'Afrique Noire, le public exprime plus de passion pour le football. Les gens vibrent davantage. On ressent cette ferveur dans la rue où on joue beaucoup au foot. Nos supporters seront nombreux, le Ghana et la Côte d'Ivoire étant frontaliers. Ils vont nous pousser à fond. Aura-t-on une grosse pression ? Non, on a l'habitude. On peut éventuellement parler de pression positive. »

Recueilli par Loïc FOLLIOT.

(1) La CAN (Coupe d'Afrique des Nations) se déroule du 20 janvier au 10 février au Ghana.

Ouest-France

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