
Pascal Praud était, jeudi, l'invité de l'émission Fous de foot sur Nantes 7. Rediffusions : Samedi (7h30, 12h30, 19h), dimanche (9h30, 13h, 15h30, 18h), lundi (8h30, 16h30), mardi (7h30).
Édition du samedi 26 janvier 2008
Pascal Praud : « Waldemar Kita, c'est le taulier ! »
Nommé directeur général délégué du FC Nantes le 4 janvier, Pascal Praud nous parle de son choix, de son rôle. Et de son patron.
En intégrant le FC Nantes, réalisez-vous un rêve ?Je ne sais pas si c'est un rêve, mais c'est un plaisir. Il y a trois raisons pour lesquelles je viens à Nantes. La première, essentielle, c'est la proximité avec Waldemar Kita. La deuxième, c'est que je suis Nantais, viscéralement attaché à cette ville et à ce club. De 1973 à 1986, j'ai vu tous les matches du FC Nantes avec mon père et j'ai porté ce maillot en poussins, pupilles, minimes et cadets. Et la troisième, c'est que je suis issu du milieu du football.Il y a peut-être une quatrième raison, c'est que vous aviez fait le tour de votre métier de journaliste à TF1...Je n'aime pas dire ça, car ce ne serait pas convenable vis-à-vis des gens en place. En revanche, j'avais le sentiment d'être arrivé au bout d'une aventure, d'une période dorée où, comme journaliste de foot, j'ai connu la victoire de Marseille en coupe d'Europe, le doublé coupe du Monde-Euro de l'équipe de France. En plus, il y a toute une génération avec laquelle j'ai travaillé qui quitte TF1.Comment analysez-vous la descente aux enfers du FC Nantes ?Je pense qu'il n'y avait pas de pouvoir fort. Sans doute n'y avait-il pas une présidence déterminée. Alors que désormais, vous avez un président avec une stratégie, une politique, des hommes et des moyens. Après, je pense que des gens comme Bud, Suaudeau ou Denoueix n'ont pas été remplacés. D'ailleurs, le travail de Kita sera de trouver le nouveau Budzynski, le nouveau Suaudeau. Mais honnêtement, l'élément clé a été le départ de Denoueix. Ça a créé un traumatisme dont le FC Nantes ne s'est jamais remis.Quel sera votre rôle exact ?Waldemar Kita a défini une politique de rénovation et de reconstruction de la maison jaune. Avec Christian Larièpe, Claude Robin et nos collaborateurs, on va mettre en place les chantiers qu'il a imaginés. Mais, il faut bien comprendre le fonctionnement de Kita. Lui, c'est le taulier. Il entre dans tous les dossiers. Ceux qui sont symboliques : le FCN, le blason... Ceux qui le sont moins : Babovic, Djordjevic, Faty... Et dans tous les domaines, il avance. Et il a autour de lui une équipe qui le conseille, mais qui, aussi, exécute ses solutions. Le football, ça fonctionne comme ça ! Les clubs qui marchent sont ceux où le président est identifié et a les moyens de sa politique.À la base, vous êtes un homme de communication, pas de marketing...A TF1, j'ai été associé depuis 20 ans à une manière de penser, d'agir. Quand tous les jours, tu es avec Etienne Mougeotte, Jean-Claude Dassier... tu apprends beaucoup, tu progresses, tu te nourris.Peut-on, quand on a commenté le football pendant aussi longtemps, se tenir à l'écart des décisions sportives ? Et serez-vous à l'écart d'ailleurs ?Ce n'est pas mon premier rôle. Il faut que chacun reste à sa place. La direction technique, c'est Christian Larièpe. C'est lui, avec Waldemar Kita, mais aussi avec Claude Robin, et, en accord avec Michel Der Zakarian, qui décide de la ligne sportive. Car l'entraîneur n'est pas mis à l'écart des décisions. Simplement, on le voit bien, il est mangé par le quotidien. Donc, il y a un maillon au-dessus. Mais tout ce monde discute et fonctionne collégialement. En plus, il y a un paramètre important, c'est que Waldemar Kita connaît le football.C'est important et parfois, ça peut faire peur dans le milieu du football...Je vous laisse le commentaire. Mais Waldemar Kita connaît le football et a une idée précise de la manière dont il veut jouer. Il aime les footballeurs techniques, élégants, racés, stylés. Stefan Babovic en est l'illustration. Comme il illustre, avec Djordjevic et Faty, la politique sportive : ce sont des jeunes joueurs qui viennent à Nantes sur 3 ou 5 ans, pour grandir et faire grandir le club. C'est une vraie stratégie, claire ! Ça rejoint ce qu'a été la politique nantaise. Simplement, le centre de formation, momentanément, ne sort pas ce type de joueurs.Pour revenir au fonctionnement général. N'avez-vous pas peur de former une petite famille, à côté de salariés déjà en place ?Vous avez tout à fait raison. C'est tout le travail de personnes comme moi que de créer du lien avec tous ces collaborateurs. Car le but est de fonctionner tous ensemble. Mais j'ai l'impression qu'ils sont plutôt contents d'avoir un interlocuteur, un patron. C'est en tout cas ce qu'ils nous disent. Et Waldemar, dans ses réunions, insiste toujours sur une dimension : celle de plaisir. Évidemment discipline, mais aussi plaisir.En prenez-vous, justement, à voir jouer l'équipe de Nantes cette saison ?La réponse est oui. Car le plaisir est beaucoup lié au résultat. Tu ne regardes pas un match du FC Nantes comme tu regardes celui d'une équipe qui ne te concerne pas. Donc, on a du plaisir quand on gagne, et on gagne souvent.Comment avez-vous rencontré Waldemar Kita ?Je crois que c'est Philippe Sourdille (NDLR : patron de la clinique ophtalmologique éponyme) qui nous avait mis en relation lorsque Waldemar s'était intéressé concrètement, pour la première fois, au FC Nantes. Ça ne s'est pas fait, mais on est resté en contact et lui a toujours pensé à Nantes.Vous avez également travaillé pour lui...Oui. Il m'est arrivé, comme le font pas mal de journalistes, d'animer pour lui des conventions, ou de travailler sur sa communication.La comparaison avec l'hyperprésident Nicolas Sarkozy vous paraît-elle fantaisiste ?Non, elle n'est pas fantaisiste. Waldemar Kita fonctionne comme ça : il entre dans tous les dossiers. Ça va du sapin de Noël dans l'entrée jusqu'au choix des joueurs.Et ceux qu'il faut faire jouer ?Euh... Dans un club, le président préside, l'entraîneur entraîne et les joueurs jouent. Si ces règles ne sont pas respectées, ce n'est pas bon. Quand tu choisis un entraîneur, ce n'est pas pour faire l'équipe à sa place.Mais Waldemar Kita n'a pas choisi Michel Der Zakarian...D'une certaine manière si.Ça pourrait être Papin (NDLR : approché en juillet par Kita) aujourd'hui...Non, ça ne pourrait pas être Papin. Mais le couple Kita - Der Zakarian fonctionne. Dans beaucoup de dossiers, Waldemar a été à l'écoute de Michel. En début de saison, quand Michel ne jugeait pas utile de recruter, même si Waldemar avait parfois la tentation de le faire, il s'est rangé à son opinion. De la même manière, les arrivées de cet hiver correspondent à des discussions. Waldemar Kita est vraiment un homme de dialogue, qu'on peut convaincre. Mais il sait aussi que sur les résultats, il sera en première ligne. Donc il décide, et assume. Et il avance, sur tous les dossiers en même temps. Il y en aura d'autres.La carte bancaire par exemple, comme à Lens ?C'est dans les tuyaux avec la Société générale, effectivement. Mais c'est aussi une boutique de 300 m2 sur le stade, une modernisation de l'accueil à la Jonelière et surtout à la Beaujoire.Tout ça, c'est évident, ne tient qu'en L1. Et Nantes est bien parti pour la retrouver...Oui, mais alors, il y a un message très très fort et quotidien de Kita : rien n'est fait ! Il est exaspéré qu'on lui dise que Nantes est déjà en Ligue 1.Est-ce que Le Havre, lundi, est un match plus important qu'un autre ?C'est un match symbolique, un match de prestige. Comme à chaque fois que le premier rencontre le deuxième, le résultat peut influencer la suite psychologiquement. Mais derrière, mathématiquement, rien ne sera fait.Recueilli par P-Y. ANSQUER et Ch. DELACROIX.
Ouest-France