Édition du mercredi 24 décembre 2008
L'éléphant d'eau fait fondre les enfants
Pour Noël aux Nefs, des sculpteurs travaillent huit tonnes de glace. Sous les yeux d'un public ravi de cette animation, inhabituelle sous nos climats.
On devine la question des enfants : mais comment savent-ils, les sculpteurs, qu'il y a un éléphant à l'intérieur du bloc de glace ?
Même quand on copie sur des images, seul un artiste peut faire ça. À partir de midi, sous les nefs des Machines de l'île, les deux sculpteurs ont commencé à dégrossir un mètre cube de glace.
De la très belle glace. Transparente comme du cristal, pour un Noël bien frappé. « On arrive à cette limpidité en la faisant refroidir très lentement, explique David, l'un des deux artistes. Il faut plus de quatre jours pour obtenir cette pureté et cette dureté. La glace ne contient pas de bulles d'air et ne se fissure pas. »
Manu et David ont emporté le minimum de documentation : « L'art d'être éléphant », un livre d'images, histoire de ne pas lui faire des pattes de girafe ou une trompe de tamanoir, à l'éléphant.
Mais de toute façon, ils savent faire : ils ont déjà sculpté un éléphant en vrai, celui des Machines, qui promène des familles entières sur son dos. Sculpter un petit éléphant quand on sait en faire un aussi grand, c'est un jeu d'enfant. Enfin presque.
Des carrosses de glace
Manu s'y connaît, il est le responsable de l'atelier bois des Machines. Avant d'y entrer, David a longtemps pratiqué la sculpture sur glace. Tous deux viennent de la même école d'ébénisterie de Saint-Luc, à Tournai (Belgique). « J'ai sculpté des carrosses de glace grandeur nature, où des mariés pouvaient s'asseoir, raconte David. Et aussi des décorations pour des buffets, le faste parisien, quoi. »
Pour le faste nantais, ils vont ciseler un animal, tous les jours à partir de midi (sauf les 25 décembre et 1er janvier). Les blocs sont collés avec de la neige. Du bout de la tronçonneuse, les artistes esquissent une forme.
Sous les yeux des enfants hypnotisés par cette matière en fusion, les gerbes de glace qui fusent sous la morsure de la chaîne, l'animal prend forme. Le secret : « Il faut tout exagérer, faire des gros nez et des grosses trompes, pour allonger la durée de vie de la bête », commente David.
Sculpter la glace, ça peut être un art. Un art du temps, où l'on travaille avec un scénario, en jouant sur le spectaculaire de la fonte.
La meilleure heure pour venir, c'est entre 16 h et 18 h. Les lumières déclinantes éveillent et animent les formes, font naître comme de fugaces lampions roses de nouvel an chinois au sein de la glace.
L'éléphant ruisselle et s'affine sous la gouge du sculpteur et la morsure du temps. Si le thermomètre le veut bien, il mourra sous nos yeux demain à midi, l'éléphant d'eau qui nous fait fondre.
Daniel MORVAN.
Les deux sculpteurs de l'association La Machine sculptent huit tonnes de glace transparente. Dans la rue des Nefs jusqu'au mercredi 31 décembre (fermeture jeudi 25 décembre et jeudi 1er janvier) : Sculpture sur glace de 10 h à 19 h. Grand Bar de la Rue ouvert de 15 h 30 à 19 h 30 (guimauve au chocolat, marrons, vin chaud).
Ouest-France
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