Édition du lundi 03 septembre 2007
En Hollande, les régatiers sont dingues de dinghies
Précédé par le ronronnement félin d'un Chris-craft, le voici qui aborde la rive aux abords du château de la Poterie. Coque à clins, voile généreuse au tiers, il louvoie avec aisance et glisse sa carène blonde dans un souffle d'air. Baptisé Water lander, un nom qui en néerlandais dit à la fois les larmes et la région où habite son actuel propriétaire, le petit canot de 12 pieds, tout en élégance, tire ses premiers bords sur l'Erdre dans le cadre des 16e rencontres Yatching et canotage. « Sur la rivière qui est très jolie, nous avons surtout goûté aux petits airs », sourit Fred Udo qui barre d'une main experte ce petit bijou et se plaît à découvrir ainsi en compagnie de son épouse Emma, l'Erdre, les châteaux et Nantes qu'il ne connaissait pas. « Ma découverte de la région s'arrêtait jusqu'à maintenant à l'embouchure de la Loire. J'étais passé au large avec un voilier Chassiron que j'avais acheté au chantier Richard à la Rochelle en 1980. Je l'ai remonté chez moi via un crochet par l'Écosse. J'avais un peu de temps devant moi ! » Depuis cette croisière mémorable, le fin régatier de Monnickendam (au nord d'Amsterdam), naguère champion de Tornado, a délaissé la haute mer pour se consacrer à ce petit joyau dessiné en 1913 par un certain Georges Cockshott. « C'est un monotype construit en acajou ou en mélèze, très maniable à la voile et facilement transportable. Il ne pèse que 106 kg coque nue. » Mais le N° 718 comme tous les dinghies de la série est exigeant. « Après sa restauration, il m'a bien fallu trois ans pour qu'il révèle son potentiel et pour l'optimiser en régate ». Car sur les plans d'eau du nord, ce sont des flottes conséquentes de dinghies qui se retrouvent régulièrement pour des parcours très disputés. « Nous avons récemment fêté les 90 ans de la série et nous étions plus d'une centaine. » Des mordus du dinghy qui en Hollande, mais aussi en Italie ou la série est très vivante, veillent jalousement à maintenir la tradition et les règles de construction : « On tolère une différence de deux centimètres, pas plus, pour la longueur de la carène. Et quand nous avons abandonné les voiles coton pour le dacron, nous avons eu de longs débats. » Une exigence qui rime avec plaisir et avec longévité. Cadet de 73 ans, Fred Udo a navigué encore il y a peu avec un concurrent qui, lui, avait 88 ans. Il n'y a pas d'âge pour être dingue de dinghies.
Ouest-France