
Le délabrement du collège Chantenay (construit en 1965) est notoire : fissures, électricité vétuste, fenêtres sans sécurité, salle de chimie obsolète, infirmerie à l'étage...
Sans aucune modification de décor, on pourrait y tourner un film d'époque avec élèves en blouse grise. Les toilettes garçons sans portes, avec une douzaine d'urinoirs pour un établissement de 700 élèves, ont même atteint une certaine célébrité à Chantenay. Chacun sait qu'il vaut mieux avoir pris ses précautions avant de partir pour le collège.
En partie à raser
À cause de cette vétusté, cette inadaptation aux innovations pédagogiques, l'un des deux bâtiments du collège devait être rasé. La restructuration était financée par le conseil général : 10 millions d'euros de travaux.
Le dossier est allé jusqu'à son avant-dernière étape, la décision positive d'une commission permanente. Si bien que lors des portes ouvertes, début juin, l'équipe chantenaysienne était fière de présenter une maquette du nouveau collège. Un beau projet, fruit des études lancées fin 2004. Adieu les tuyauteries 1965, les prises électriques pas aux normes !
Et là , patatras ! Claude Seyze annonçait que la restructuration était abandonnée. Parents, enseignants et personnels partagent la même consternation : « En 1993, un projet de rénovation a été enterré par la droite. Aujourd'hui, en 2008, la majorité de gauche renonce une nouvelle fois. Quand va-t-on le faire ? En 2040 ? »
Les enseignants soulignent également la singularité du collège Chantenay, « rare exemple de vraie mixité sociale dans le département, dans une ville en pleine expansion démographique. On parlait même d'atteindre les mille élèves. Mais à la rentrée, l'effectif est en baisse. »
Aucun rapport avec l'aéroport
Les parents en viennent même à poser la question qui fâche : « N'y a-t-il aucun rapport entre la décision de financer l'aéroport Notre-Dame-des-Landes et l'abandon de la restructuration du collège Chantenay ? »
Patrick Mareschal a déjà dit, haut et fort, que l'aéroport n'aura aucun impact sur les investissements. « Le président affirme qu'aucun projet ne serait différé en raison de l'aéroport ; je laisse les parents juger, commente sobrement Claude Seyze, l'élue du canton. Mais je comprends leur impression de trahison. »
Catherine Touchefeu, vice-présidente du conseil général, explique la décision. « Il n'est pas question d'abandonner le projet, il est question de le revoir, de le retravailler. Plusieurs chantiers se sont surajoutés, qui n'étaient pas tous prévus, comme la reconstruction du collège Jean-de-Neyman à Saint-Nazaire. »
Il y a les nouveaux collèges de Héric et de Ligné. Et ceux qui se profilent, comme le Pré-Gauchet à Nantes. D'autres éléments, comme l'augmentation des coûts du bâtiment, et l'essor démographique en périphérie, entrent aussi en ligne de compte.
« Il n'y a pas de réduction de la voilure du conseil général sur les collèges, insiste l'élue en charge des collèges. Mais à Chantenay, on est passés de 5 millions à 10 millions. N'existe-t-il pas une autre solution ? »
En effet, à 10 millions, on approche les 14 millions d'un collège tout neuf.
Faut-il encore parler de projet de restructuration pour Chantenay ? « Cela dépend de ce qu'on entend par là . Il faut intervenir à Chantenay. L'intervention n'est pas abandonnée. »
Pas abandonnée, mais reportée. « Aux calendes grecques », protestent les professeurs de Chantenay. Et ils ne sont pas seuls dans ce cas. D'autres projets, Catherine Touchefeu le confirme, vont être revus à la baisse en Loire-Atlantique.
Daniel MORVAN.