
Sur quel principe se fonde le système européen des migrations ?
C'est un système basé sur des scénarios qui ne se sont pas produits. L'intention première était de substituer les travailleurs nationaux aux travailleurs étrangers, en période de chômage. Mais cela n'a jamais eu lieu. En fait, le système européen est un système dépassé qui mêle protectionnisme économique (la préférence européenne pour l'emploi) et la peur.
Car la peur de l'étranger y est pour quelque chose ?
Les questions d'immigration, d'abord gérées par les ministres du travail, ont été transférées aux ministres de l'intérieur. Ce qui traduit une orientation sécuritaire, liée à une peur de l'invasion étrangère, après la chute du Mur de Berlin. L'immigrant a, à partir de cette date, été assimilé à un délinquant, à un clandestin, à un terroriste potentiel. Et l'Europe a pris le slogan, hélas français, de « l'immigration zéro ».
Cette politique des migrations a-t-elle évolué ?
Oui, après le discours de Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, en 2004. Il a affirmé devant le Parlement européen que « les immigrants ont besoin de l'Europe et l'Europe a besoin des immigrants ». L'Europe a voulu entrouvrir ses frontières, mais sans abandonner l'optique sécuritaire. Si Montesquieu revenait, il s'étonnerait de voir fermer les portes de l'Europe alors que les Droits de l'Homme sont affichés et que notre population vieillit.
Car l'Europe a de plus en plus besoin d'immigrants ?
L'Europe vieillit et s'inquiète d'une pénurie de main-d'oeuvre. En 2030, les actifs seront moins nombreux que les non-actifs. C'est d'autant plus inquiétant que les solidarités intergénérations s'effritent. Mais l'on assiste à une montée de la mobilisation. Quand les choses sont trop choquantes, comme les expulsions de sans-papiers, les citoyens ordinaires agissent. Il y a aussi en Europe la conscience qu'on entre dans un XXI e siècle de la concurrence internationale des élites. Donc on sait qu'on va rater Einstein en fermant nos frontières. La migration est un bien public mondial.
Et pourtant, l'Europe vient de se distinguer par la « directive retour ». Ce texte, approuvé le 18 juin par le Parlement européen, durcit les conditions de détention et d'expulsion des migrants. Qu'en pense la députée européenne Hélène Flautre ?
La claque est d'autant plus grande que c'était la première fois qu'on débattait aussi largement d'une directive sur les migrations. J'ai tout de même été surprise que la mobilisation des églises n'ait pas contrecarré le vote des chrétiens libéraux. Comment les parlementaires ont-ils pu s'accorder sur des points aussi scandaleux que la rétention et l'expulsion de mineurs, la possibilité d'expulser des personnes vers un pays qu'ils ont seulement traversé, et la rétention de dix-huit mois ! On peut parler d'une industrialisation du retour, en violation du principe sacré de non-refoulement dans un pays où il y a risque de traitement inhumain, de torture... La position de l'Europe comme acteur planétaire est gravement affectée, à un moment où nous avons besoin d'immigrants, comme acteurs du développement.
Recueilli par D. M.