« Tout d'abord, je constate qu'un paradoxe introduit les considérations de M. Guicheteau : la suppression massive de postes d'enseignants, qu'il condamne, va, malheureusement pour sa démonstration, dans le sens du retour aux fondamentaux qu'il soutient.
« En effet, où peut-on « prendre » les postes à ne pas renouveler ou à supprimer, sinon dans le recours à une diminution d'abord quantitative, puis - par effet mécanique - qualitative, du volume global des connaissances, puisqu'il faudra soit élaguer lourdement les programmes, soit augmenter la taille des groupes et/ou réduire les temps d'apprentissage, voire le tout en même temps ?
« Il n'est pas inutile de rappeler que l'évolution du système éducatif s'est effectuée par progression continue des connaissances, par une qualification toujours plus affinée des enseignants et également par l'accroissement continu du nombre des enseignés. Faudrait-il s'en plaindre ?
« Ensuite, je ne crois pas qu'on puisse attribuer aux seuls fondamentaux ¯ écrire, lire, compter ¯ la vertu essentielle de l'éducation, à savoir apprendre à comprendre et à interpréter le monde et les hommes qui y vivent. D'ailleurs, cet ancien maître veut-il nous faire croire que tout au long de sa carrière, et par là même ses collègues de l'enseignement élémentaire aussi, il aurait négligé sa tâche au point de ne pas inculquer à ses élèves les dits fondamentaux ?
« De la même manière, il ne peut attribuer aux seuls mouvements pédagogiques les éventuels échecs du système, lesquels mériteraient un autre développement. Mais voilà , il est plus facile de véhiculer des idées toutes faites telles que : « l'amélioration du niveau est un mensonge ».
« En ce qui me concerne, je suis prêt à avouer que les connaissances scientifiques ou techniques me manqueraient cruellement si je devais me représenter maintenant aux épreuves du baccalauréat, fut-il littéraire, comme l'expérience relatée par le journaliste de Ouest-France à la dernière session le démontre si bien !
« Enfin, au moment où de très nombreux pays développés envient le système pré-élémentaire français et aimeraient bénéficier de ses avantages, en envisager la « disparition » à court terme est une imposture qui cache une autre réalité, celle qui consiste à faire supporter aux communes l'ensemble des dépenses liées à la prise en charge du personnel enseignant (recrutement : sur quels critères ? et carrière : avec quel statut ?). Mais comme elles n'en n'ont pas les moyens, rien n'indique qu'elle maintiendraient la qualification actuelle des intervenant(e) s en maternelle, ATSEM (Agents territoriaux des écoles maternelles) compris, ni qu'elles ne feraient pas appel à des organismes privés pour assurer de telles charges. Bonjour la déréglementation ! »