Dossier

La Folle Journée 2008

Édition du dimanche 03 février 2008

Les Renegades ont de l'or dans les bidons

Dans le chaudron de la Folle journée, les bidons du steel band de Trinidad font fureur. Sous le soleil des Caraïbes,l'Ave maria de Schubert prend d'autres couleurs.

Maillot de basket et bonnet de laine dans les allées de la Cité des congrès, costume noir et noeud pap'sur la scène du grand auditorium. Dans la grande Halle, leurs bidons d'huile, énormes fûts de ferraille emboutie, se faufilent entre une contrebasse sur roulette et un violoncelle à dos de musicien. A Nantes, les pianistes de Trinidad, une île des Antilles au large du Venezuéla, jouent des contrastes, pas seulement musicaux.

Depuis mercredi soir, ils ont laissé au chaud leurs airs de samba et de salsa pour s'atteler aux Marches militaires, à l'Ave Maria de Schubert, réécrits à la demande de la Folle journée. Pluie de battements feutrés, martèlements puissants, qui résonnent à la manière d'un orchestre symphonique. L'Inachevée frappée sur des bidons, sans partition (les pianistes ne lisent pas la musique), c'est une oeuvre qui se regarde, il faut le voir pour le croire.

Pépites sonores

Depuis mercredi soir, le steel band est au top des enregistrements de concerts sur clés USB (lire aussi en pages générales). Dasmond Waite est aux anges. A Nantes, le chef du Renegades a amené dans ses valises vingt musiciens et une cinquantaine de bidons, les autres participaient hier soir à Trinidad à une compétition de calypso.

« Notre fonds de commerce, c'est ça, de la samba, du jazz. Mais on a déjà joué Dvorak et Tchaïkovsky. Je crois que c'était encore plus dur que Schubert ! » Surtout, il raconte comment cet instrument traditionnel est né, après avoir été interdit sur l'île à la fin du XIXe siècle comme tous les tambours de bois et de peau. « Le premier pan à plusieurs notes date des années 30 : une poubelle et une tige de bambou. »

Si le bidon d'aujourd'hui n'a pas l'air beaucoup plus sophistiqué, sachez que chaque fût est martelé de façon à rendre le son de vingt-huit notes différentes sur autant de facettes. Dans cet orchestre à six voix, chaque bidon a sa couleur, imite un instrument : ténor, guitare, basse.... « On a même une technique de frappe qui permet de tenir les sons, ce qui est nécessaire pour jouer du classique. » Penchés sur cette étonnante batterie de cuisine, les panistes-orpailleurs font jaillir d'incroyables pépites sonores.

De Schubert au carnaval

A la Folle journée, le steel band de Dasmond Waite a conquis le public, « enthousiaste comme l'est celui de chez nous », donc pas si guindé que ça ! A croisé d'autres adeptes du steeldrum, comme le jeune chef de l'Orchestre national Bordeaux Aquitaine Kwamé Ryan. Et compte bien revenir une autre fois, quitte à convertir Bach au bidon. « C'est pas un problème ! » Demain, il quittera Schubert pour jouer mardi au carnaval de Trinidad.

Isabelle LABARRE.

Folle journée, jusqu'à ce soir à la Cité des congrès de Nantes. www.follejournee.fr tél. 0892 705 205 (0, 34 €/mn). Notre dossier sur ouest-france.fr et nantes.maville.com

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